TW: mention d’homophobie, d’identité de genre, de problèmes de fertilité, de culture de la diète, et exemples de commentaires grossophobes.

S’asseoir autour d’une table (ou devant notre écran) pour partager un festin avec des proches que l’on n’a pas vus depuis des lunes, de prime abord, ça peut sembler plaisant. Mais pour plusieurs, c’est synonyme de marques de rouge à lèvres sur les joues, de moments gênants et de discussions malaisantes, voire blessantes. Bref, ça peut être lourd par moment, au point tel que même la bûche ne couvre pas le goût amer qu’on a en bouche. No thanks.

Évidemment, personne n’est mal intentionné.e : on le sait bien que ces questions indiscrètes sont dites avec les meilleures intentions ! 

Mais cette année, on s’est dit qu’on allait tenter de remédier à la situation en faisant le point sur quelques Sujets Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, version sexu. T’sais, le genre de commentaires/questions qui se veulent bienveillant.e.s ou comiques, mais qui, en fin de compte, sont souvent offensant.e.s. Et pour ne pas te laisser au dépourvu, on te propose des alternatives le fun en échange pour que tu puisses quand même te rapprocher de tes pairs.

Psst… sens-toi libre de partager ceci avec tes proches, question que tout le monde soit sur la même longueur d’onde. 😉

La situation relationnelle de ton neveu

« Pis, as-tu un.e p’tit.e chum/blonde » = ☹️

Au Québec, on se pense une société ouverte à la diversité sexuelle. Mais ce n’est peut-être pas tout à fait vrai. En 2017, selon un sondage réalisé pour le ministère de la Justice, 7% des répondants se disaient « mal à l’aise » avec les lesbiennes et 10% avec les gais. Ça, c’est sans parler des orientations sexuelles ou amoureuses moins connues.

Même si, toi-même, tu fais partie de la majorité qui se dit « à l’aise », tes remarques peuvent contribuer à la stigmatisation. Ferais-tu telle blague ou tel commentaire à une personne hétérosexuelle ? Non ? Laisse donc faire d’abord. 

Assumer l’orientation sexuelle d’une personne, it’s so 2000 and late, comme dirait Fergie. 

De un, parce que c’est très hétéronormatif — c’est-à-dire, croire que l’hétérosexualité est l’orientation sexuelle par défaut de l’être humain — et ça contribue à marginaliser les personnes 2SLGBTQIA+.

Et de deux, parce que l’orientation sexuelle peut fluctuer avec le temps. Peut-être que ton neveu ne s’identifie plus comme gai, même s’il a eu un chum dans le passé.

Bref, ne force pas le coming out de ton proche, ou ne l’oblige pas à te mentir à cause de ta question maladroite.

« Pis, as-tu quelqu’un dans ta vie ? » = 😐

C’est déjà mieux, mais là encore, on s’en passerait.

Être en couple n’est pas le but ultime de la vie et n’est pas du tout nécessaire pour être une personne à part entière. Un.e célibataire n’a pas à se justifier de l’être. D’ailleurs, on t’en jase en détail ici, si jamais tu avais besoin d’un argumentaire plus approfondi sur le sujet.

« Pis, quoi de neuf ? » = 🛎️ 🛎️ 🛎️ 😀

Si la personne a envie de te parler de ses amours (pour un.e partenaire comme pour son chat), laisse-la t’en parler d’elle-même ! Et ça se pourrait que, ce qui la passionne, ce soit plutôt son travail, ses voyages… peu importe. Poser une question ouverte, ça laisse toujours place à plus, et à mieux ! 

Les « nouveaux » pronoms de tan cousin.e

L’identité de genre d’une personne n’est pas sujette à discussion ou à débat. Que tu comprennes cette réalité ou non n’est pas nécessaire pour faire preuve de respect. 

Si Éric se fait maintenant appeler Alicia et que ces pronoms sont passés de « il » à « elle », tu l’appelles Alicia et tu lui fais référence en disant « elle ». Point final. Même principe si la personne est non binaire et utilise un pronom de genre neutre.

Si tu es capable de retenir le fait que le caniche de la famille s’appelle Georgette et que c’est une fille, t’es capable de faire la même chose pour une personne.

Savais-tu que le dictionnaire Le Robert a récemment ajouté le pronom neutre « iel » à son répertoire ?

La définition : « Pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier et du pluriel, employé pour évoquer une personne, quel que soit son genre. »

« C’pas du français, ça existe pas dans le dictionnaire » n’est donc plus un argument valide. 💪

Les projets de famille de ton frère

« Pis, à quand les enfants ? »

À ça on répond : « À voir les tiens, ça donne pas trop le goût. »

On niaise, mais si cette réponse semble déplacée, elle l’est tout autant que la question initiale. 

Savais-tu que 1 grossesse sur 5 se termine en fausse couche ? Savais-tu que presque 1 couple sur 6 a des problèmes de fertilité ? Sans parler de tous les obstacles légaux et financiers auxquels font face les couples 2SLGBTQIA+ pour pouvoir fonder une famille… Mettons que les probabilités que ta question tourne le fer dans la plaie sont plutôt élevées.

Et savais-tu que, selon une étude de Statistique Canada de 2011, 5,5% des femmes et 6,7% des hommes âgés de 20 à 39 ans ne veulent pas d’enfants, et ce, pour toutes sortes de raisons ? C’est pas weird, c’est pas anormal, et ça ne requiert certainement pas d’explication ou de justification.

Le poids de ta fille

« En tout cas, va falloir se mettre au gym en janvier pour brûler tout ce qu’on va avoir mangé ce soir, hein ! » 

« Ben là, prends donc un peu plus de tourtière, t’as presque rien mangé et tu peux te le permettre. »

« Wow ! T’as full perdu du poids, c’est quoi ton secret ? » 

« Elle chante-tu bien notre Céline… mais elle était plus belle avec 20 lb de plus par contre. »

Que tes remarques sur le poids soient adressées directement à une personne ou que tu les lances en l’air peut faire tout autant de dommages — même si elles se voulaient être des compliments. 

La culture de la diète, it’s real. Quand on sait que 65% des québécois.e.s souhaitent maigrir, peu importe leur poids et que 2% à 3% de la population souffre de trouble alimentaire, parler du poids d’une personne ou tenir des propos malsains par rapport à la relation avec la nourriture, c’est tout simplement non. Tu ne sais jamais chez qui ça peut déclencher un profond malaise et sans t’en rendre compte, ça renforce peut-être même tes propres démons.

Ta relation avec ton corps peut aussi avoir une influence sur comment tu vis ta sexualité. Elle peut influencer ton niveau de désir, avoir un impact inconscient sur tes choix de partenaires ou ta gestion de risques, et même jouer un rôle dans ta satisfaction et ton plaisir lors de tes ébats. 

Bref, rends-toi service et évite les commentaires sur le physique.

De quoi parler à la place

« On PeUt Pu RiEn DiRe… »

Détends-toi, on ne te suggère pas de manger ta dinde en silence et de laisser toute la place à Ginette Reno et son album Joyeux Noël (quoiqu’un grand classique). Au contraire ! Tu peux absolument t’intéresser aux membres de ta famille et en apprendre davantage sur leur vie, sans te mettre les pieds dans les plats (de tourtière) ni risquer de les blesser. Voici donc quelques questions positives et beaucoup plus agréables — et qui promettent de t’en faire découvrir long sur tes êtres chers.

  • As-tu des projets cette année ?
  • C’est quoi ton highlight de 2021 ?
  • Qu’est-ce qui te fait tripper ces temps-ci ?
  • Pis, as-tu un nouveau passe-temps ?
  • As-tu des bons films/séries à me recommander ?
  • Pis, as-tu essayé une bonne recette dernièrement ?

Quoi faire si Guy n’a pas compris le message (ou ne l’a simplement pas lu)

Même avec ces belles intentions, on n’est jamais à l’abri d’une joke plate ou d’un monologue sociopolitique de la part de l’individu qui a des idées coulées dans le béton et qui aime faire réagir — on en connaît toustes un.e. Surtout quand le troisième verre de vin se fait déjà vide et que les esprits s’échauffent.

Pour vaincre l’ennemi, on te suggère donc le plan de match suivant, question de limiter les dégâts et de refroidir la salle sans avoir besoin de faire rentrer le bonhomme hiver.

1. Rallie les troupes

Repère tes allié.e.s, ces personnes qui te comprennent ou avec qui tu partages une affinité, et tiens-toi avec elleux. Si Guy part sur sa lancée, entame une discussion secondaire complètement hors sujet avec tes camarades. Si ça ne met pas fin au discours de l’autre, ça le transformera au moins en bruit de fond.

2. Sois stratégique

Si tu reçois, assigne les places à table de manière stratégique, afin d’éviter de placer deux antipodes côte à côte. Et si l’alcool semble être un accélérateur aux dérapages, limite le nombre de refill, ou du moins espace-les.

3. Fais diversion

Si tu te retrouves au pied du mur et que quelqu’un te pose directement une question malaisante, au lieu d’y répondre, tu peux dire « Ah ! Tu viens de me faire penser… », suivi d’une de nos options de déviation des plus efficaces : 

  • « Faut absolument que je te montre cette vidéo trop cute, tu vas capoter. »
  • « Faut absolument que j’aille aux toilettes, excuse-moi. »
  • « J’voulais te demander ton avis par rapport aux assurances auto. Toi, c’est quoi ta couverture ? »
  • « Raconte-moi donc encore la fois où [insérer une anecdote quelconque que la personne a racontée 1000 fois.] »

Ou toute autre idée qui te vient en tête pour changer le sujet du tout au tout.

Et si vraiment tu redoutes plus que tout ce fameux souper et que tu anticipes déjà devoir passer deux heures avec tan psy pour en revenir, sache que tu peux toujours décliner l’invitation et rester chez toi, ou te faire un souper festif avec ta famille de choix : tes ami.e.s. 

Ton bien-être > le souper de famille. Sorry, not sorry !

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À propos de Laurence Gribling

Rédactrice en chef | Pronoms : elle/la | Fan de café, féministe intersectionnelle, cat lady, et nomade à mes heures, j’ai porté plusieurs chapeaux avant de prendre celui de rédactrice en chef pour JUST A LITTLE FUN. Entre deux jeux de mots et une référence de culture pop, j’espère aider à changer les normes, à éclaircir les tabous, bref, à shaker un peu la sexualité pour la débarrasser de ses chaînes, un article à la fois.

One thought on “4 sujets qui ne te regardent pas au souper du temps de fêtes (et par quoi les remplacer)

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