TW : mention de risque suicidaire, description des étapes de transition légale et médicale (mention de la lenteur du processus), mention de discrimination transphobe dans les relations amoureuses.

La transidentité, ça existe depuis des millénaires, mais on en parle de plus en plus depuis environ 10 ans. À notre avis, on en parlera assez seulement lorsque les personnes trans pourront vivre dans la dignité, dans le respect et qu’iels auront les mêmes droits que nous, personnes cisgenres.

Cette semaine, dans le cadre de la semaine de visibilité trans, on a décidé de te présenter quelques mythes et croyances erronées qui circulent encore beaucoup au sujet de la transidentité. En plus de renforcer les stéréotypes et préjugés envers cette identité de genre, la fausse information (ou plutôt le manque d’information) augmente beaucoup la transphobie et la violence envers les personnes trans. Aujourd’hui, à force de vivre dans une société aussi polarisée, on commence à comprendre le pattern : la haine et le rejet, ça vient surtout d’une incompréhension. So spread love, not hate !

1. « Les personnes non-binaires ne sont pas des personnes trans »

La transidentité est un terme parapluie qui englobe plusieurs réalités. On va commencer avec une définition toute simple : une personne trans est un individu dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe assigné à la naissance

L’identité de genre, c’est propre à chaque personne et les subjectivités de genre sont infinies. En effet, il faut plutôt voir le genre sur plusieurs spectres et non de façon dichotomique homme/femme, comme si ces genres s’opposaient (❌ plus on est féminin, moins on est masculin ❌ ) !

Non-binaire, agenre, pangenre, qu’il s’agisse de genres absents, neutres, fluides ou multiples… ce sont des formes de transidentité, car dans tous les cas, la personne ne s’identifie pas strictement au sexe qu’on lui assigné à la naissance. Elle vit, perçoit, ressent son genre autrement !

2. « Les personnes trans ne sont pas nées dans le bon corps »

Chaque personne trans vit sa transidentité de manière différente. Ceci étant dit, elles ne vivent pas toutes une dysphorie de genre en lien avec une partie de leur corps. Dysphorie what, tu dis ? Si tu veux en savoir plus, fais un tour ici.

Oui, certaines personnes trans peuvent ressentir une haine ou un dégoût pour certaines parties de leur corps ou sentir que ces dernières ne leur appartiennent pas. Mais, ce n’est pas le cas pour toutes les personnes trans — certaines apprécient grandement plusieurs parties de leur corps. 

​​De plus, vouloir rénover son sous-sol et faire installer une piscine dans sa cour ne signifie pas pour autant qu’on a acheté « la mauvaise maison » et qu’on la déteste, elle nous appartient et on ne veut que l’améliorer pour mieux l’apprécier. 😉

Si, pour certain.e.s, l’expression « être né.e dans le mauvais corps » reflète à 100 % leur réalité, pour d’autres, il s’agit d’un moyen plus simple et imagé pour expliquer leur réalité à quelqu’un qui n’est pas trans.

3. « Un enfant de bas âge ne peut pas savoir qu’iel est trans »

Dès leur naissance, on apprend aux enfants ce que signifie le fait d’être femme et d’être homme dans notre société. Que ce soit par la manière dont on leur parle, les jouets qu’on leur propose ou les vêtements qu’on leur met, ce processus d’apprentissage se fait plus ou moins consciemment par les parents, le cercle d’amis, l’éducation, les médias… bref partout ! 

« Maman, pourquoi le monsieur a des cheveux longs et du maquillage ? C’est un monsieur ou une madame ?! » Entre 1 an et demi et 3 ans (Crooks et Bauer, 2017; Langis et Germain, 2015), l’enfant se rend compte de l’existence de ces deux catégories et réalise qu’iel fait partie de l’une d’entre elles : c’est l’étape de la conscience du genre. Dès lors, iel peut sentir un clash entre son genre ressenti et celui qu’on tente de lui inculquer. 

Comme chaque trajectoire transidentitaire est différente et que le genre est une composante identitaire fluide et dynamique, les questionnements par rapport au genre peuvent survenir à n’importe quel moment. Généralement, les enfants trans binaires le savent plus tôt, car iels s’identifient à l’« autre genre ». Les comportements types du genre vécu par l’enfant peuvent donc apparaître vers 3 ou 4 ans. Vers 5-8 ans, ces enfants sont généralement en mesure de savoir qu’iels sont trans. Selon une étude néo-zélandaise (Clark et al., 2014) réalisée auprès de 8000 jeunes adultes, 27 % des personnes trans rapportaient l’avoir su avant l’âge de 8 ans. 

Dans le cas des personnes non-binaires, c’est plus typiquement durant la puberté que cette incongruence de genre se fait ressentir. Selon cette même étude, c’est environ 18 % des personnes trans qui le savent entre 8 et 11 ans, alors que 55 % le réalisent après 11 ans

Les enfants sont beaucoup plus smart qu’on pourrait le penser. Il serait bien temps de commencer à leur faire confiance. Surtout pour une question qui les concerne personnellement.

4. « Y’avait pas de personnes trans dans mon temps, c’est un nouveau phénomène »

Connais-tu Marsha P. Johnson ? Miss Major ? Reed Erickson ? Willmer Broadnax ? Pourtant, ce sont des personnes de notre époque qui ont marqué l’histoire à leur façon. Et qu’en est-il des māhū de la Polynésie, des hijras de l’Inde et du Pakistan, des muxe du Mexique, des nádleeh chez les Navajos aux États-Unis ou des iskwêhkân et des napêhkân chez les Cris ? Et bien, ces personnes, dont le genre n’est ni strictement féminin ni strictement masculin, existent depuis toujours, aux quatre coins de la planète.

Ce n’est pas parce qu’on ne les a pas vus dans nos livres d’histoire au secondaire que les personnes trans n’existaient pas avant 2012. C’est plutôt qu’avant, on n’en parlait pas et on n’avait pas le vocabulaire pour décrire ces identités. 

Puisque notre compréhension des diverses réalités trans s’est peaufinée et que l’acceptabilité sociale est mieux qu’avant (même si loin d’être parfaite), il est normal que davantage d’individus osent expérimenter leur genre en s’affichant authentiquement, tel.le qu’iels le sont. 

Bref, il n’y a pas nécessairement plus de personnes trans : il y a plus de personnes trans qui s’affichent ouvertement parce que la société est de plus en plus inclusive.

Toujours curieux.euse ? Voici quelques statistiques récentes sur les jeunes trans :

  • Personne s’identifiant comme trans : entre 0,7 et 2 %
  • De genre fluide ou en questionnement : entre 1,6 et 2,7 %

(Arcelus et al., 2015; CDC, 2019; Clark et al., 2014; Collin et al., 2016; Diemer et al., 2015; Flores et al., 2017; Herman. et al., 2017; Meervijk et Sevelius, 2017; Rider et al., 2018. ; Meerwijk et Sevelius, 2017)

5. « Plus on parle de transidentité aux jeunes, plus il y aura de personnes trans »

Plusieurs facteurs peuvent influencer l’âge à laquelle une personne trans prendra conscience de sa transidentité et surtout, si elle décidera de s’afficher ou non (facteurs individuels, familiaux, sociétaux, culturels, religieux, moraux, etc.).

Par contre, entends-moi bien : ce n’est pas le contexte qui « REND » une personne trans. Évidemment, l’accès au vocabulaire et à l’information permet à la personne de mieux se comprendre et d’être en mesure de se dire

Mais vivre dans un milieu hostile où la transidentité est taboue ou même « interdite » (ex. : loi, criminalisation, etc.) n’empêchera pas une personne d’être trans. Elle le sera tout de même, mais comme le contexte environnemental ne lui permet pas d’être elle-même, elle risque de réprimer son identité, ce qui augmentera les probabilités de souffrir d’un trouble de santé mentale ou même, de se suicider. 

6. « Faire une transition, c’est rendu trop facile »

Les médias jouent souvent avec l’ambiguïté et l’incompréhension de la population pour laisser entendre qu’au Québec, faire une transition, c’est rendu trop facile et accessible à toustes. Pourtant, la réalité est loin d’être rose… 

Depuis 2015, une personne trans peut changer son nom et son sexe sur ses documents d’état civil sans avoir eu préalablement recours à des traitements médicaux. Reste qu’il faut avoir 14 ans ou plus pour en faire la demande (avant 14 ans, ce sont les parents qui doivent le faire), avoir obtenu préalablement une lettre d’appui d’un professionnel de la santé et faire une déclaration sous serment. Il est nécessaire de s’équiper de patience et de budget, car avec les délais d’attente et les formulaires à remplir, t’en as pas juste pour une soirée !

Et que dire de la transition médicale ? Âge minimum requis, prescription de médecin, lettres de recommandation, visites multiples chez des spécialistes, évaluation par des psychiatres… sans parler des listes d’attentes de plusieurs mois (voire quelques années!), des frais à débourser de sa propre poche (non, tout n’est pas couvert par la RAMQ !), des effets secondaires de la prise d’hormones (qui sera à prendre à vie !), des risques liés aux interventions chirurgicales, des rendez-vous fréquents chez le médecin, de la stigmatisation que peuvent vivre les personnes trans dans le système de santé, et j’en passe !

7. « Beaucoup de gens détransitionnent »

Urbania a recensé les statistiques de détransition auprès de trois cliniques. Le taux de détransition oscillait entre 0.3 et 2,3 %… Et ça, c’est sur les 0,7 à 2,7 % de personnes trans ou non-binaires de la population… Donc « beaucoup » de détransition ? Permets-moi d’en douter !

Après, il n’y a pas non plus de définition officielle ou claire de la détransition. Donc ça laisse place à beaucoup d’interprétations différentes. Parfois, on utilise ce terme quand une personne trans ou non-binaire cesse les traitements hormonaux ou médicaux parce qu’elle a atteint ses buts. Dans d’autres cas, c’est plutôt quand la personne regrette certains résultats ou qu’elle n’est pas confortable avec les nouveaux changements de son corps. 

Le problème, c’est qu’on voit le processus d’affirmation de genre de façon linéaire et binaire. Ce ne sont pas toutes les personnes trans qui veulent « passer d’un sexe à un autre », donc de se rendre à un corps « complètement féminin » ou « complètement masculin ». Chacun.e a des objectifs différents. Et ces objectifs-là, ils ne sont peut-être pas toujours clairs dans la tête de la personne dès le début de sa transition.

Le genre étant une composante dynamique de l’identité, apprendre à se connaître et se définir peut être un long processus. Donc si ta conception de toi-même change au fil du temps, c’est normal, valide, et même très probable. 

Pis honnêtement, à l’ère où le botox, les augmentations mammaires et toutes sortes de modifications corporelles se font à tous les coins de rue… trans ou pas trans, on peut-tu ben laisser le monde faire ce qu’ils veulent avec leur propre corps ! C’est ben beau ton nouveau rack Justine, mais si tu décides de retirer tes implants dans une couple d’années parce que c’est pu « à la mode », on va-tu te remettre en question ? Non ? Ben c’est ça. Merci de faire pareille avec les autres.

8. « Ne pas vouloir dater de personnes trans n’est pas transphobe » 

C’est correct d’avoir des préférences sexuelles et d’aimer certains organes sexuels en particulier ! Ce n’est pas quelque chose qui se contrôle anyway. Oui, tes préférences sexuelles peuvent varier dans le temps, à travers tes différentes expériences sexuelles, par exemple. Mais à la base, une excitation sexuelle ou une attirance, ça ne se force pas !

Si tu swipe left une personne trans sur Tinder pour la simple et bonne raison qu’elle n’est pas de ton goût physiquement ou que sa description ne te parle pas full, ça va. Mais si elle fit parfaitement avec ce que tu recherches et que tu la swipe à gauche juste parce qu’elle est trans, pose-toi des questions. Faire une distinction entre un homme et un homme trans, ou une femme et une femme trans, c’est transphobe.

Et pour les personnes cis et hétéro, si ton argument de ne pas vouloir dater une personne trans, c’est l’impossibilité d’avoir des enfants « biologiques », j’ose imaginer que tu appliques cette même règle en demandant à un.e prospect cisgenre s’iel est fertile dès les débuts de la relation, right ?

Bon ! Sur ce, on se laisse sur une note positive avec un petit GIF d’une femme que je trouve particulièrement magnifique. 😏 🤩

Un merci tout spécial à Maxim·e Gosselin de chez AlterHéros pour la révision de cet article 💕.

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À propos de Anne-Claudel Parr

Sexologue, Rédactrice | Pronoms: elle/la | Passionnée de plage, de voyage et de salsa, j’ai étudié en science politique, en psychologie, fait un certificat en psychoéducation et en espagnol avant d’atterrir en sexologie et de trouver ma voie (ben oui, c’est long se trouver parfois) ! Féministe intersectionnelle de cœur et de raison et membre de la communauté LGBTQIAP2S+, je pose un regard assez scientifique et théorique sur la sexualité, mais en essayant d’être moins plate que ton prof de socio au cégep. J’espère pouvoir élargir ta conception de la sexualité, dire ce qui n’est pas dit et jaser de l’éléphant rose. Ensemble, on va faire la deuxième Révolution sexuelle ! Embarques-tu ?

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