Comment réagir à un dévoilement de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre d’un proche ? D’un collègue ? D’un élève ? D’un membre de ta famille ? Comment soutenir la personne qui fait un coming out ? Quelles choses sont à éviter ? Ici, on te dévoile tips and tricks afin que tu deviennes lea meilleur.e allié.e possible des 2SLGBTQ+ de ton entourage !

Dans une société où l’on assume que tout le monde est hétéro et cisgenre (aka une société cishétéronormative), c’est un gros choc de se rendre compte qu’on est différent.e de « la norme ». Avant de faire son coming out, la personne 2SLGBTQ+ passe par plusieurs étapes et vit un paquet d’émotions. Ça peut aller de la haine de soi, à la colère, en passant par la tristesse et le sentiment de solitude. Il faut d’abord prendre conscience, reconnaître, puis apprendre à accepter son identité avant de penser à en parler à qui que ce soit. 

De plus, le coming out est loin de se faire qu’une seule fois. Il n’y a pas que le gros event avec un scénario méga préparé à la Tiktok pour l’annoncer à un parent. Il y a aussi tous ces petits coming out du quotidien. Penses-y. Chaque fois qu’elle rencontre quelqu’un, la personne 2SLGBTQ+ s’expose à un coming out potentiel, même si elle n’en a pas nécessairement envie. Tout ça parce qu’on prend pour acquis que tout le monde est hétéro et cisgenre. Par exemple, quand tu rencontres une personne qui te semble avoir l’air d’une femme, il se peut que tu utilises les pronoms « elle » et que tu lui demandes si elle a un chum. 

Malgré tout, même si le coming out est rarement facile à faire, c’est souvent une étape importante d’actualisation de soi, d’affirmation et d’épanouissement. Pour certain.e.s, c’est un acte de bravoure. Pour d’autres, c’est arrêter de mentir par omission. Mais dans tous les cas, faire son coming out, c’est se donner le droit d’exister. C’est se dire haut et fort et s’afficher authentiquement, tel que l’on est. 

Les choses à faire (et à ne pas faire)

Bien que l’orientation sexuelle, l’identité ou l’expression de genre aient été intégrées comme motifs interdits de discrimination dans la charte québécoise des droits et libertés (en 1977 et 2016), la réalité peut être bien loin de la théorie. Perte d’emploi, d’un logement ou d’un.e amoureux.euse, intimidation à l’école, rejet de la part de ses parents, etc. font partie des conséquences possibles d’un coming out encore aujourd’hui. Et ça, c’est au Canada, car dans d’autres pays, c’est la peine de mort ou la prison à vie. 

Tout ça pour dire que tu peux vraiment faire la différence en ayant une influence positive dans la vie d’un.e proche qui te dévoile son identité sexuelle. Ta réaction peut aider la personne à passer à travers plusieurs épreuves. Pour être un.e bon.ne allié.e dès le moment du coming out, il suffit de te souvenir de quelques points importants.

1. Fais attention à tes réactions et à ton non verbal


Il est possible que tu sois surpris.e de cette déclaration. Mais si tu as l’air choqué.e ou que tu réagis fortement, cela pourrait amplifier la détresse, le sentiment de malaise ou de panique que vit l’individu qui se confie à toi. Le truc, c’est d’éviter de trop avoir l’air sous le choc, mais de ne pas non plus avoir l’air de banaliser l’ampleur ou l’importance du dévoilement pour la personne. 

Banaliser le dévoilement pourrait contribuer à effacer ou minimiser les expériences d’homophobie ou de transphobie que la personne a vécues ou pourrait vivre à l’avenir. Ça banalise aussi le courage que ça prend pour en parler. Peut-être que pour toi, c’est pas un big deal, mais sache qu’avant de dévoiler son orientation sexuelle ou son identité de genre à ses proches, la personne s’est sûrement fait 1250 scénarios par rapport aux réactions de son entourage. Bien souvent, en imaginant le pire. 

2. Sois attentif.ve à tes privilèges et à tes préjugés


En fonction de ta situation, il se peut que tu bénéficies d’un privilège : soit hétéro ou cisgenre. Donc il est possible que tes jugements, tes commentaires ou ta façon de réagir soient teintés de ce privilège. Que tu en sois conscient.e ou non, notre société valorise et normalise l’hétérosexualité et la cisidentité, tout en considérant ces identités sexuelles comme supérieures, plus désirables, plus valides et plus « naturelles ». D’avoir intériorisé sans le savoir ces stéréotypes, c’est normal et juste humain. Par contre, c’est ta responsabilité de les remettre en question et de les challenger.

Par exemple, avant de poser une question à ton ami.e qui t’a fait un coming out trans ou pansexuel, demande-toi si tu poserais cette même question à ton ami.e cisgenre et hétéro. Car sans même t’en rendre compte, tu pourrais poser une question trop indiscrète ou faire un commentaire qui sous-entend que l’orientation sexuelle ou l’identité de genre de la personne n’est pas valide. L’utilisation de termes infériorisant du style « normal » en opposition à « anormal » est aussi à proscrire.

Autre chose : sache qu’avant de faire son coming out « social », la personne s’est fait un coming out à elle-même. Au moment où elle le dit aux autres, elle est donc sûre de son affaire. Alors, fais attention à ne pas remettre en cause ses feelings ou la légitimité de son identité sexuelle. 

3. Remercie la personne pour la confiance qu’elle t’accorde


Que ça paraisse ou non dans sa face, la personne est sûrement stressée de faire son coming out. Elle anticipe toutes sortes de réactions de ta part. Mais si la personne t’a choisi TOI pour partager une partie si intime d’elle-même, c’est qu’elle t’estime beaucoup et te fait confiance. Tu devrais donc le voir comme un honneur et te sentir honoré.e. 

Dis-lui que tu le sais que ça lui a pris du courage pour t’en parler, ça pourra contribuer à relâcher la tension. Félicite-lea et dis-lui que tu es fier.e d’ellui. Si vous êtes assez proche, tu peux lui offrir un câlin si iel a besoin de réconfort (j’ai bien dit « offrir » et non « imposer » 😉 ).

4. Fais preuve d’écoute


Il se peut que la personne prenne du temps pour formuler ce qu’elle veut exprimer. Sois patient.e et n’essaie pas de « combler » les moments de silence ou de lui mettre les mots dans la bouche. Certaines personnes peuvent être tentées de faire un lien avec leurs propres expériences de vie pour dissiper leur malaise. Mais évite de prendre toute la place : c’est SON moment à elle. 

5. Dis-lui que tu l’acceptes, peu importe


Ça peut paraître évident pour certain.e.s ou kitsch pour d’autres, mais c’est validant pour la personne qui l’entend. De lui communiquer que tu seras là pour elle, peu importe, peut briser le sentiment d’isolement qu’elle pourrait ressentir ou vivre. Encourage-la à être elle-même quand elle est avec toi ; certaines personnes 2SLGBTQ+ se sentent obligées de prétendre être quelqu’un d’autre pour être acceptées. Mais fondamentalement, la personne reste la même que tu as connue depuis toujours. Il est possible que votre relation change. À toi de faire en sorte que ce soit pour le mieux.

 6. Propose ton aide et ton support


Demande à ton ami.e s’iel a fait son coming out à d’autres personnes avant toi. A-t-iel besoin de ventiler ou d’en parler ? Se sent-iel en sécurité ? S’iel sent que sa sécurité ou son intégrité est compromise, propose-lui de l’héberger quelques jours ou aide-lea à trouver des solutions. Surtout si on parle d’une personne mineure !

Demande-lui aussi s’iel a l’intention de faire son coming out à d’autres. Peut-être pourrais-tu l’accompagner dans ce processus ? Dis-lui que tu seras présent.e pour ellui dans le cas où iel aurait besoin de soutien. Quelques jours plus tard, tu peux faire un p’tit appel de follow-up pour savoir comme iel se sent et pour lui laisser savoir que tu es là pour ellui. Ça contribuera à briser son sentiment d’isolement, lui montrera que la relation que vous avez t’importe et que rien n’a changé entre vous.

7. Respecte le rythme de la personne

Ne lui mets pas de pression afin qu’elle te révèle des choses qu’elle n’a pas envie d’aborder. Ne tente pas de la persuader de faire un coming out aux autres. Il se peut que la personne ne soit pas prête à le dire à tout le monde. Respecte son choix et son rythme, mais surtout, ne révèle pas son identité de genre ou son orientation sexuelle aux autres sans son consentement (on appelle ça « outer » quelqu’un). 

Par exemple, si ta collègue te dit qu’elle est trans et te demande d’utiliser les pronoms « elle/la », demande-lui si tu peux utiliser ces mêmes pronoms et accords devant les autres collègues avant de le faire (et ce, qu’elle soit présente ou non lors de la discussion).

8. Éduque-toi sur le sujet


C’est peut-être le dernier point, mais c’est le plus important. Ce n’est pas parce que la personne fait maintenant officiellement partie de la grande famille 2SLGBTQ+ qu’elle connaît tout ou qu’elle se doit de faire ton éducation sur le sujet. C’est pas compliqué aujourd’hui, l’info est à portée de main. Que ce soit sur nos plateformes (site web, Instagram, etc.) ou celle de Les3sex ou d’Interligne, s’informer aujourd’hui, c’est facile et même le fun 

C’est sur que, sur le coup, si la personne utilise des termes que tu ne comprends pas, tu peux être honnête. Mais ce n’est peut-être pas le temps de poser toutes les questions du monde non plus. Et surtout, attention aux questions indiscrètes, maladroites ou trop personnelles ! 

Sur quoi s’éduquer alors ? Tu peux lire sur les enjeux 2SLGBTQ+, comme l’homophobie, la biphobie ou la transphobie et ses conséquences sur les individus. Informe-toi aussi des bons termes à utiliser (ex : personne trans et non transexuel.le). Par exemple, si ton ami.e est non binaire, demande-lui ses pronoms d’usage et utilise-les. 

Bref, si tu suis tous ces conseils, je suis convaincue que tan proche te sera reconnaissant.e. Forcément, iel se souviendra de ce jour-là pendant des années, fais donc en sorte qu’iel en garde de bons souvenirs.

Ressources

Pour te familiariser avec les concepts d’identité de genre et d’orientation sexuelle, on t’encourage à consulter la section Diversité sexuelle de notre blogue.

Sinon, voici quelques ressources qui pourraient t’être utiles:

Milieu de travail

Guide de soutien et d’inclusion des personnes trans et des personnes non binaires en milieu de travail

Milieu scolaire

GRIS (atelier avec témoignages)
ENSEMBLE pour le respect de la diversité (ateliers de sensibilisation)
Guide d’ouverture et de soutien envers les jeunes trans et les jeunes non binaires
Petit guide du coming out à l’intention du personnel scolaire

Famille et proches

Le coming out des jeunes gais, lesbiennes et bisexuel.le.s (guide)
La Coalition pour les familles LGBT+ (sensibilisation, ressources, ateliers pour parents, etc.)
Fondation l’Émergence (soutien aux LGBTQ+ et leurs proches)
ATQ (groupes de soutien des personnes trans, non binaires, intersexes et leurs proches)
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À propos de Anne-Claudel Parr

Sexologue, Rédactrice | Pronoms: elle/la | Passionnée de plage, de voyage et de salsa, j’ai étudié en science politique, en psychologie, fait un certificat en psychoéducation et en espagnol avant d’atterrir en sexologie et de trouver ma voie (ben oui, c’est long se trouver parfois) ! Féministe intersectionnelle de cœur et de raison et membre de la communauté LGBTQIAP2S+, je pose un regard assez scientifique et théorique sur la sexualité, mais en essayant d’être moins plate que ton prof de socio au cégep. J’espère pouvoir élargir ta conception de la sexualité, dire ce qui n’est pas dit et jaser de l’éléphant rose. Ensemble, on va faire la deuxième Révolution sexuelle ! Embarques-tu ?

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