Dû aux mesures mises en place par le gouvernement, les commandes passées depuis le 23 décembre, jusqu’à nouvel ordre, seront traitées lors de la levée de l’ordre de fermeture des entreprises à bureaux.

La grossophobie ordinaire et les violences sexuelles qui en découlent

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Margot Chénier
“I need feminism because people tell me I should be thankful that my rapist wanted to have sex with me.” (Auteur.trice inconnu.e) Traduction libre : J’ai besoin du féminisme parce qu’on me dit que je devrais être reconnaissante que mon violeur aille bien voulu avoir un rapport sexuel avec moi.

T.W. : exemples concrets de grossophobie, stéréotypes violents, mention d’agression sexuelle, victim blaming.

Tu es au courant, excepté, peut-être, si tu vis dans une grotte depuis belle lurette, mais les dernières années furent marquées par un déferlement de dénonciations d’agressions et d’inconduites sexuelles sur les médias sociaux. En Occident, la vague la plus conséquente constitue celle du mouvement Me Too en 2017, caractérisée par une prise de parole majeure de victimes sur Instagram, Twitter et Facebook. Alors aux prises avec un système de justice trop souvent inefficace, les personnes victimes de violences sexuelles n’ont comme pas trop eu le choix de prendre le carrousel des dénonciations en ligne.

Si tu as toi-même dénoncé ton (ou tes) agresseur.euses.s, tu te souviens probablement de toute l’énergie que tu as dû rassembler pour le faire et de toutes les insécurités et angoisses qui en ont découlé. Plusieurs questions t’ont peut-être tracassé.e : 

« Et si iel se vengeait ? Et si on se moquait de moi ? Et si les gens me traitaient différemment ? Et si on ne me croyait pas ? »

Or, ce dont on parle peu, c’est que certaines personnes ont, en partant, beaucoup moins de chances d’être crues que d’autres en contexte de dénonciation. Parmi les personnes connaissant cette injustice figurent les femmes grosses.

*Je tiens ici à préciser que je suis moi-même une femme grosse (small à mid-fat sur le fat spectrum) ayant pris part aux dénonciations. I know what I’m talking about.

Grosso modo (pun not intended), les personnes stigmatisées à l’intersection de la misogynie et de la grossophobie partent à quelque chose comme -10 000 dans la game de la crédibilité.

Je t’offre une petite vulgarisation de ce qu’est la grossophobie, juste au cas où : 

« La grossophobie englobe tous les préjugés négatifs à l’endroit des personnes considérées comme grosses, ou plus grosses que ce que dictent les standards de beauté, ainsi que toutes les manifestations de ces préjugés-là. » – Gabrielle Lisa Collard, autrice et ultimate queen de la fat liberation au Québec. (Je te recommande d’ailleurs avec un sincère enthousiasme son essai Corps rebelle : réflexions sur la grossophobie, duquel j’ai tiré le précédent extrait.)

Plusieurs expert.e.s soutiennent que la grossophobie est le seul système d’oppression encore acceptable dans notre société. Les blagues homophobes ça passe plus, mais les blagues grossophobes ont plus de chance de « passer dans le beurre ».

Pour comprendre comment le weight stigma peut engendrer des violences sexuelles et contribuer à la culture du viol, on va se pencher sur deux dynamiques ironiquement opposées l’une à l’autre, mais uniformément malsaines, que connaissent les personnes grosses en contexte de dating. J’ai nommé la fétichisation et le fat shaming. En d’autres mots : se faire réduire à un objet érotique interdit VS se faire désexualiser complètement.

La fétichisation et l’objectification des personnes grosses

Si tu es familier.ère avec les différentes catégories propres aux sites pornos, tu connais probablement déjà l’acronyme BBW ; la fameuse Big Beautiful Woman. Trop souvent, sous les termes plutôt polis de Big Beautiful Woman se cachent le déshumanisant stéréotype de « la grosse cochonne », la gourmande affamée et insatiable qui en veut toujours plus et qui a des rapports sexuels avec quiconque veut bien d’elle.

Euphoria, saison 1, épisode 1 - pilot

Le fat shaming & dégoût généralisé envers les corps gros

Les personnes grosses sont incessamment perçues comme des épaves inactives et dépourvues de motivation à faire quoi que ce soit outre s’enfiler 47 hamburgers par jour. Selon les stéréotypes, elles n’ont pas de vie sexuelle et font l’étoile lors des rares rapports auxquels elles participent. Elles sont paresseuses et gloutonnes. 

Trouver un corps gros attirant devient conséquemment quelque chose de gênant, de bizarre, de secret. Il n’est pas rare que les femmes grosses se fassent carrément cacher en contexte de dating, qu’elles doivent sortir par la porte d’en arrière, et/ou ne rencontrent jamais les proches de leur partenaire. Déjà là, c’est super violent.

Les violences sexuelles : un effet secondaire

Les deux fausses représentations précédemment nommées se trouvent religieusement partout dans la culture populaire. Pour citer à nouveau Gabrielle Lisa Collard dans Corps rebelle : « Si on se fie au cinéma, les gros sont gloutons et mangent 24/7 ; ils sont soit complètement dénués de sex-appeal, soit férocement, agressivement, dégueulassement horny. » Il y a très peu de nuance ou d’entre-deux dans la représentation des personnes grosses, et ça a un effet décisif sur la culture de viol.
Par exemple, les femmes grosses sont susceptibles d’être victimes du hogging. Je te laisse la définition Urban dictionary juste ici.☟

Traduction libre : consiste en une compétition, généralement au sein d’un groupe d’hommes, dont le but est de se rendre dans un bar ou dans un party de fraternité et de ressortir avec une femme grosse. Le gagnant est celui qui couche avec la femme la plus grosse de la soirée. 

Ça porte les femmes à croire que l’intérêt qu’on leur porte est carrément une joke ou une tactique d’humiliation. C’est tellement twisted

Dans certains cas, l’objectification des corps gros est telle que de coucher avec une grosse devient comme un défi, une case à cocher sur une to-do list. Rien de plus agréable que de recevoir dans ses messages Tinder : « j’ai jamais essayé ça, une grosse ». Inutile de te dire à quel point tout ceci me donne le goût de vomir.

Un autre side effect en revient à penser qu’être gros.se, c’est synonyme d’un espèce de consentement inconditionnel. On aurait tellement pas de vie sexuelle qu’on serait absolument down de coucher avec n’importe qui, n’importe où et à n’importe quel moment. Wtf.

Subséquemment, lorsque les femmes grosses sont victimes d’agressions sexuelles, leurs témoignages sont considérablement moins crus et reconnus que ceux des personnes minces. On va jusqu’à suggérer aux victimes d’être plus reconnaissantes d’avoir été désirées, étant objectivement repoussantes. En d’autres termes, en les violant, on leur a fait une faveur. Horrible. 

Si tu maîtrises l’anglais, je te conseille cet article scientifique qui décortique beaucoup plus vigoureusement les abus qui s’exercent à la rencontre du sexisme et de la grossophobie.

Un doux rappel : en AUCUN cas une victime d’agression sexuelle ne l’a cherché ou mérité. En AUCUNE circonstance une victime ne se doit d’éprouver de la gratitude envers son agresseur. Point barre.

L’épuisement du culte de la minceur à tout prix ?

La bonne nouvelle, c’est que les choses s’enlignent pour changer. On a encore BEAUCOUP de chemin à faire, mais la grossophobie ordinaire est de moins en moins tolérée et la discrimination des personnes grosses, de plus en plus dénoncée.
Si tu as envie de regarder une émission mettant en vedette des fierce fat babes dont le purpose ne tourne pas autour de la perte de poids, je te conseille énergiquement la série Shrill, disponible sur la plateforme Crave. C’est vraiment, vraiment bon.

En attendant, je te laisse avec quelques comptes Instagram, au cas où tu désirerais te renseigner davantage sur les sournois contrecoups de la grossophobie, (ou juste au cas où tu désirerais avoir plein de beaux corps gros dans ton feed).

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