T.W. Ce texte comporte des mentions de violence conjugale, de maltraitance, de négligence et de traumas à l’enfance. 

As-tu déjà eu l’impression de revivre sans cesse la même histoire, et ce, même avec des partenaires différent·e·s ? Si oui, tu n’es pas seul·e ! Dans l’amour et le sexe, nous sommes plusieurs a avoir certains « comportements réflexes », tels des patterns qui se répètent, over and over.
  • Collectionner des dates Tinder sans succès alors que tu cherches l’amour de ta vie.
  • Se sortir d’une relation toxique de deux ans… pour retomber dans une autre quelques mois plus tard.
  • Enchaîner les one-night stand sans attache, alors que, dans ton for intérieur, tu crave secrètement amour et affection. 
  • Chercher constamment à plaire ou à satisfaire sexuellement les autres sans jamais trouver réellement ton plaisir.
  • Donner, donner, donner… sans jamais rien recevoir en retour !

Savais-tu que ton style d’attachement a un impact sur tes relations interpersonnelles, ta manière de vivre tes émotions et que ces « comportements réflexes » peuvent te suivre même jusqu’au lit ?

« Style d’atta-quoi ? »

On t’explique ça.

Qu’est-ce que la théorie de l’attachement ?

La théorie de l’attachement stipule que la façon dont nos figures d’attachement (parents, géniteur·trice·s, tuteur·trice·s, etc.) ont répondu à nos besoins de base (nourrir, apporter des soins et du réconfort, etc.) et le lien d’attachement que nous avons développé avec elleux durant l’enfance déterminent la manière dont nous créons des liens avec les autres à l’âge adulte. 

Ainsi, ton style d’attachement affecte la façon dont tu entres en contact ou interagit avec les autres, et ce, particulièrement en amour et dans la sexualité. Par exemple, il peut influencer la perception que tu as de toi et des autres, les attentes que tu as face à ta relation ou tan partenaire, ton niveau de confort avec l’intimité, ta façon de gérer tes émotions ou tes insécurités, la manière dont tu interprètes les comportements des autres ou la façon dont tu réagis au stress émotionnel et aux conflits interpersonnels. 

Comme ton style d’attachement affecte bien des aspects de tes relations interpersonnelles, tu te douteras qu’il aura aussi une influence sur ta sexualité !

Quels sont les styles d’attachement ?

Il y a quatre styles d’attachement ; sécurisant, insécurisant-évitant, insécurisant-anxieux et désorganisé

Quoiqu’il est possible de présenter des caractéristiques de plusieurs styles d’attachement à la fois, nous penchons très souvent d’un côté plus qu’un autre. 

De plus, même s’il est relativement stable (dans 70% des cas selon Waters, Weinfield et Hamilton, 2000), le style d’attachement peut varier au cours d’une vie en raison d’événements de vie stressants (deuil, rupture, maladie, etc.). 

Si tu n’es pas certain·e de ton style d’attachement, tu peux faire ce test (en anglais) en ligne gratuitement.

Style d’attachement sécurisant

Puisque le·s parent·s ont répondu de manière adéquate aux besoins de base de l’enfant, cellui-ci a appris qu’iel pouvait compter sur les autres en cas de nécessité. 

Adulte, la personne au style d’attachement sécurisant n’hésite pas à se confier aux autres et à solliciter leur aide en cas de besoin, car elle sait qu’elle peut leur faire confiance et se fier sur eux si nécessaire. L’adulte avec un style d’attachement sécurisant affirme donc ses besoins et limites sans trop de difficulté. 

Amour

En amour, iel n’a pas peur de l’intimité, mais iel ne s’efface pas pour la relation pour autant ; iel a aussi besoin de son espace personnel, nécessaire à son équilibre de vie. Lorsque san partenaire a besoin de distance ou d’espace, iel le prend bien et ne se sent pas menacé·e. 

Sexualité

Au lit, iel sait donner comme recevoir, car iel est à la recherche de réciprocité. Iel communique ses attentes, besoins, limites et préférences avec aise.

Style d’attachement anxieux

À cause de la réponse inconsistante des parents pour prodiguer des soins à l’enfant, cellui-ci développe une insécurité émotionnelle et une anxiété d’abandon puisqu’iel ne peut pas systématiquement compter sur ses figures d’attachement. Comme ces dernières sont tantôt présentes, tantôt absentes pour répondre à ses besoins, iel intériorise qu’iel doit « mériter » l’amour et l’attention des autres. 

Iel développe donc des stratégies de survie afin que l’on réponde à ses besoins affectifs. Iel peut, par exemple, exagérer ses réactions émotionnelles et sa détresse, ou encore, tenter de s’ajuster aux états d’âme et émotions des autres dans le but de maximiser ses chances de recevoir attention, amour et affection. Par ces moyens, on dit qu’iel tente « d’activer le système d’attachement ».

En amour

En amour, l’adulte anxieux·se a un fort désir de fusion ; iel est constamment à la recherche de proximité affective. Iel cherche à satisfaire l’autre à tout prix pour éviter l’abandon — quitte à négliger ses propres besoins. Iel a tendance à s’investir disproportionnellement dans la relation et à se définir par celle-ci, parfois même à en perdre de vue son individualité. Iel tend à avoir une image positive des autres et négative d’ellui-même.

Craignant souvent d’être rejeté·e, iel a de la difficulté à atteindre un niveau de sécurité affective dans la relation. Très préoccupé·e par celle-ci, il lui arrive fréquemment d’interpréter de façon erronée les réactions, comportements ou paroles de san partenaire, s’imaginant rapidement des scénarios catastrophes dans lesquels la relation prend fin.

Dans la sexualité 

En raison de sa faible estime de soi, l’adulte avec un style d’attachement anxieux a tendance à utiliser la sexualité pour se sentir validé·e ou pour taire certaines insécurités. Par exemple, lorsqu’iel sent san partenaire distant·e, iel peut utiliser la sexualité afin d’augmenter la connexion émotionnelle dans le but de calmer sa peur d’être trompé·e ou d’être laissé·e. Iel a souvent l’impression d’être inadéquat·e et se montre très exigent·e envers ellui-même. Iel est très préoccupé·e par son apparence (particulièrement vrai pour les femmes) et accorde beaucoup d’importance à la perception que les autres ont d’ellui.

Vu son fort besoin de plaire et sa peur de l’abandon, iel a tendance à focaliser davantage sur la satisfaction sexuelle de san partenaire que sur la sienne. Ainsi, iel peut avoir de la difficulté à vivre pleinement le moment présent pendant les relations sexuelles, étant davantage concentré·e sur le plaisir de l’autre que sur ses propres sensations corporelles.

Le style d’attachement évitant

Les enfants évitant·e·s ont eu des figures d’attachement indisponibles pour répondre à leurs besoins (surtout affectifs). Iels peuvent avoir vécu de la négligence, ou encore, avoir eu des figures d’attachement très strictes, exigeantes, contrôlantes et peu chaleureuses. L’expression de la tristesse et de la détresse de l’enfant était découragée, alors que l’indépendance était de mise. 

Les pleurs de l’enfant stressé·e étant ignorés ou découragés, cellui-ci comprend qu’iel ne peut pas compter ou dépendre des autres pour répondre à ses besoins affectifs. À quoi bon manifester ses émotions si personne n’est à l’écoute ? Comme stratégie de survie, iel apprend à enfouir ses émotions, à se dissocier de son ressenti et à garder les autres à distance (en « désactivant son système d’attachement »).

Amour 

L’adulte avec un style d’attachement évitant craint les liens affectifs ; iel a appris à ne compter que sur ellui-même et évite la proximité émotionnelle. Iel tend à avoir une image assez positive d’ellui-même (mais qui camoufle un manque de confiance en soi bien enfoui), mais négative des autres. 

En amour, iel se sent vite menacé·e par l’intimité, surtout si elle survient rapidement. Vu son grand besoin d’indépendance, iel a tendance à s’autosuffire et tient à garder une distance entre ellui et san partenaire. Iel a de la difficulté à identifier et verbaliser ses émotions, puis évite à tout prix de se montrer vulnérable émotionnellement. 

Sexualité 

La sexualité de l’adulte évitant·e se présente souvent sous deux formes très différentes, voire opposées l’une de l’autre. Soit iel enchaîne les aventures sans lendemain et sans attache, soit iel doit absolument avoir construit une relation de confiance avec une personne avant de pouvoir partager un moment intime avec elle (ce qui peut être très long !). 

À cause de ses traumas résultant de la négligence vécue à l’enfance, l’adulte évitant·e a appris à se « couper » de ses émotions et de ses sensations. Cette peur de la vulnérabilité (que ce soit la sienne ou celle de san partenaire) peut donc l’empêcher d’être présent·e pendant les relations sexuelles. En effet, iel est plutôt du genre très analytique et a tendance à être dans sa tête plutôt qu’à être en contact avec les sensations de son corps. 

Même s’iel apparaît très confiant·e de l’extérieur, l’adulte évitant·e est très sensible à la critique. Alors, gare aux moqueries !

Style d’attachement désorganisé

Le style d’attachement désorganisé se développe souvent suite à des événements traumatiques à l’enfance. Par exemple, il est fortement corrélé au décès de l’une des figures d’attachement, à la présence de trouble de la personnalité, de traumas irrésolus ou de dépendance chez l’une d’entre elle, ou encore, à la maltraitance, la négligence, la violence conjugale, etc. 

Ainsi, la figure d’attachement adopte des comportements incohérents et contradictoires (souvent sans même s’en rendre compte) qui génèrent de la peur chez l’enfant. Elle peut, par exemple, présenter une passivité importante, une hostilité, un état momentané de transe, des expressions faciales de peur, une hypervigilance, des comportements sexualisés, d’humiliation ou d’attaque envers l’enfant. La figure d’attachement peut aussi alterner entre comportements de rapprochement et de mise à distance, ce qui plonge l’enfant dans la confusion.

Malgré tout, l’enfant a une propension naturelle à dépendre des autres et à se tourner vers sa figure d’attachement en cas de besoin. Iel se dirige donc vers elle pour obtenir du réconfort (même si celle-ci suscite la peur chez ellui), mais peut, par moment, fortement la rejeter. En d’autres mots, l’enfant présente à la fois des comportements anxieux et évitants ; alternant parfois très soudainement entre recherche intense de réconfort et mise à distance radicale.

La figure d’attachement est donc à la fois source de réconfort et de frayeur. 

Amour 

L’adulte qui a un style d’attachement désorganisé a particulièrement de la difficulté à faire confiance aux autres, ainsi qu’à gérer son stress et ses émotions négatives. Iel peut avoir des comportements explosifs et imprévisibles et iel a fort besoin de contrôle. Iel a une image négative des autres et d’ellui-même. L’adulte qui a un style d’attachement désorganisé se met beaucoup de pression ; iel sent qu’iel doit constamment se prouver, être parfait·e. Iel a souvent tendance à associer sa valeur au fait d’être sexuellement attirant·e.

« Activant » et « désactivant » constamment son système d’attachement, iel peut alterner entre des comportements très collants et l’évitement du/de la partenaire. Ce style d’attachement est très souvent associé aux relations instables et tumultueuses. C’est le classique love/hate relationship. 

Sexualité

Au lit, l’adulte ayant un style d’attachement désorganisé croit qu’iel ne mérite pas de partager ses besoins, ses attentes et ses préférences. Alors que ses figures d’attachement ne respectaient pas ses propres limites, iel a de la difficulté à identifier celles-ci et à les faire respecter. Iel ressent souvent de la honte face à ellui-même et peut faire preuve d’un jugement très sévère envers soi. 

Étant déconnecté·e de sa propre expérience et de ses sensations, sa relation avec la sexualité peut être très superficielle. Iel est d’ailleurs plus à l’aise de s’engager dans des relations sexuelles éphémères et sans attache. 

L’adulte ayant un style d’attachement désorganisé est à la recherche d’émotions fortes et de plaisir intense ; iel tend à adopter des comportements sexuels à risque et a une forte propension aux dépendances sexuelles. 

Ne panique pas !

Comme tu auras pu le deviner, l’idéal, c’est d’avoir un style d’attachement sécurisant. 

Sache qu’avec de l’introspection et du travail personnel, il est possible de développer un style d’attachement sécurisant. Seulement, il faudra t’équiper de beaucoup de patience et de bienveillance.

Réaliser qu’on a un style d’attachement insécurisant, ça peut rentrer dedans, mais ce n’est pas la fin du monde ! Déjà tu en as pris conscience. C’est l’étape la plus importante ! 

Si tu en ressens le besoin, n’hésite pas à consulter un·e sexologue ou un·e psychologue ayant une approche systémique ou étant familier·ère avec la théorie de l’attachement. Il y a aussi plein d’outils et de guides de self help en ligne pour t’aider à être plus en paix avec toi-même et dans tes relations amoureuses.

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À propos de Anne-Claudel Parr

Sexologue, Rédactrice | Pronoms: elle/la | Passionnée de plage, de voyage et de salsa, j’ai étudié en science politique, en psychologie, fait un certificat en psychoéducation et en espagnol avant d’atterrir en sexologie et de trouver ma voie (ben oui, c’est long se trouver parfois) ! Féministe intersectionnelle de cœur et de raison et membre de la communauté LGBTQIAP2S+, je pose un regard assez scientifique et théorique sur la sexualité, mais en essayant d’être moins plate que ton prof de socio au cégep. J’espère pouvoir élargir ta conception de la sexualité, dire ce qui n’est pas dit et jaser de l’éléphant rose. Ensemble, on va faire la deuxième Révolution sexuelle ! Embarques-tu ?

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