À toi, qui t’es tellement fait dire que désirer d’autres personnes que tan partenaire faisait de toi une mauvaise personne, une « fille facile » ou un « player », que tu as fini par y croire toi-même ; je te dédie cet article. 

Cet article se veut un éloge à la non-monogamie, dans une société mononormative qui glorifie la relation monogame et hétérosexuelle comme seule configuration parfaite où l’amour peut réellement s’épanouir.  

Spoiler : c’est possible de vivre l’amour avec un grand A, l’amour fusionnel, tout en étant dans une relation non-monogame. Comme ma mère me disait toujours quand j’étais petite : l’amour ne se divise pas, il se multiplie. 

C’est un cri du cœur, pas dans le sens où mes mots sont spontanés (ça fait 6 ans que j’explore la non-monogamie et que je forge ma propre définition de l’amour), mais dans l’optique où je ressens l’urgence d’écrire. Pour toutes ces personnes qui — comme moi il n’y a pas si longtemps — croient qu’elles sont weird parce qu’elles désirent d’autres personnes que leur partenaire principal·e. Pour celles aussi qui ont baissé les bras sur l’amour parce qu’elles ne se reconnaissaient pas dans l’institution qu’est le couple monogame. Et pour moi, un peu aussi, qui est parvenue à voir ma propre lumière tout en laissant celle des autres briller tout près de moi.

First things first : la non-monogamie, c’est quoi ? 

Promis, ce ne sera pas un cours théorique sur la non-monogamie. Mais il faut bien commencer par le commencement. 

La non-monogamie, ça le dit dans le nom, c’est un modèle relationnel qui sort de la monogamie. En d’autres mots, les personnes impliquées s’entendent sur une non-exclusivité sexuelle et/ou romantique.

Polyamour, couple ouvert, anarchie relationnelle… Il existe différentes configurations non-monogames. Et dans chacune, les possibilités de paramètres sont infinies. Autrement dit, il existe autant de configurations que d’humains qui en font partie. C’est à toi (et tan/tes partenaire·s) de déterminer le cadre qui vous convient pour vous sentir épanoui·e·s, respecté·e·s et en sécurité (en fait, je n’aime pas voir ça comme un cadre qui nous restreint, mais plutôt comme un terreau fertile qui nous permet de croître, autant individuellement qu’en tant que couple). 

La base commune des différents types de relations non monogames, c’est l’aspect éthique et consensuel (ce sont d’ailleurs des compléments qui accompagnent souvent le terme non-monogamie). La relation se développe donc sur des bases de vulnérabilité, de communication et, bien sûr, de consentement, de la part de toutes les personnes impliquées.

Pour moi, c’est de l’art relationnel     

Pour moi, la non-monogamie, c’est surtout une manière de sortir de « ce qui doit être », pour me laisser vivre l’amour, l’amitié, le désir, les connexions humaines et tout ce qui les entoure, de la manière la plus libre et authentique. 

Sortir de « ce qui doit être », pour simplement être sans attente. 

Exister à deux, à trois, ou à peu importe combien, mais exister fort et vrai. 

Redéfinir les frontières de l’amour. 

Accepter qu’elles soient parfois un peu floues.  

Recommencer le dessin à zéro, parce que le canevas de base ne nous inspire pas. 

Et y déverser mes propres couleurs, nos couleurs. 

Être fière de l’œuvre, jamais terminée, mais belle à toutes les étapes. 

Inviter d’autres humains à y cracher mille teintes de mauve. Et de jaune, pourquoi pas. 

Inventer de nouvelles couleurs, qui forment le nous. 

Les relations comme de l’art. 

(Ne t’en fais pas, j’ai fini ma partie poésie, le concret s’en vient !) 

Ce n’est pas que je ne crois pas à l’amour avec un grand A ; c’est plutôt que je crois aux amours avec un grand A. Parce que l’amour peut prendre diverses formes, sans perdre sa grandeur. A, c’est aussi comme dans amitiés et à mes yeux, la non-monogamie, c’est permettre à mes amitiés de grandir au même titre que mes relations amoureuses. Les deux sont interconnectées, finalement.  

J’ai appris au fil du temps et des amours que je tiens trop à ma liberté pour la laisser s’étioler à coup de règles malsaines et de contrôle de l’autre. J’ai donc troqué les règles monogames auxquelles je me pliais par habitude, pour des limites établies de manière consensuelle, à la suite d’une profonde introspection et d’une discussion sincère avec mon partenaire. 

Je me trouve plus belle en étant libre. Plus vaste. 

Bien entendu, le couple monogame ne rime pas nécessairement avec contrôle, possessivité, jalousie et règles prises pour acquises ! Pour ma part, c’était simplement un cadre qui ne me permettait pas de me déployer pleinement.

Petite (pas si petite) tranche de vie 

Prépare ton café, ton matcha ou ton vino, c’est l’heure d’un petit voyage dans le temps, 6 ans en arrière, quand j’ai découvert que le couple monogame n’était pas l’option unique et fatale.

Les débuts de notre couple ouvert : un voyage en Asie 

Janvier 2017. Je rencontre l’amour de ma vie dans un bar à Longueuil (très romantique, j’en conviens !), mais ça ne pourra pas se passer… Je quitte dans deux mois pour un trip en Asie du Sud-Est, sans plans ni date de retour.

La société me criait à l’oreille que c’était soit ça passe ou ça casse. Mon intuition me chuchotait qu’il y avait peut-être une autre option. 

C’était soit qu’on se casait dans un couple monogame, ce qui voulait dire pour moi de ne pas vivre mon voyage à 100 milles à l’heure comme je l’entendais. Ça voulait aussi dire de demander à mon partenaire de m’attendre sagement, sans vivre aucun rapprochement avec personne, pendant que je vivais ma best life à l’autre bout du monde. Je trouvais ça injuste. 

Ou soit qu’on se séparait, merci bonsoir. On aurait été bien hors de notre raison de laisser s’évanouir une si belle connexion pour se conformer aux normes sociétales relationnelles, non ?  

La solution s’est offerte à nous comme une évidence : le couple ouvert. On l’a acceptée timidement, au début presque dans la culpabilité de laisser ne serait-ce que poindre l’idée de peut-être avoir des désirs envers d’autres personnes. Pourtant, on était éperdument amoureux, j’vous jure !   

Je vais vous dire un secret : l’un n’exclut pas l’autre. Bien au contraire. En fait, ce n’est pas un secret, j’aurais envie de dire à tout le monde que les désirs sont pluriels, et que l’amour peut l’être aussi. Comme Rosalie Bonenfant le dit si bien dans une entrevue pour le Elle Québec : « Quand on aime en étant entier·ère et volontaire, ça peut réellement être aussi multiple que le désir ». 

Tous les couples méritent de se faire le cadeau d’ouvrir la discussion et de se questionner sur leur modèle amoureux, dans la vulnérabilité et le respect de l’autre ❤️.

Ah, et si tu veux savoir la suite, le voyage en sac à dos s’est passé à merveille et depuis, on est devenus les Bonnie & Clyde de la communication !

S’aimer pour le meilleur et pour le pire, mais jamais jusqu’à ce que la mort de nos désirs nous sépare 

Mon copain et moi, on n’avait aucune idée de comment ça fonctionne, la non-monogamie. Mais on savait, au fond de nous, que c’était une avenue qui avait du sens pour nous.

De son côté, il avait le modèle de ses parents qui s’aimaient de tout cœur (qui s’aiment encore d’ailleurs), mais qui n’ont « pas eu le choix » de se séparer, faute de vouloir expérimenter autre chose. On ne peut s’empêcher d’imaginer le portrait s’ils avaient laissé une chance à la non-monogamie… 

De mon côté, c’était déjà clair que la monogamie n’était pas faite pour moi. J’ai longtemps cru que je n’étais pas normale, que j’étais brisée… parce que j’ai trompé mes deux derniers chums*, parce que j’avais des échanges de regards avec d’autres personnes dans les bars, parce que je ressentais des papillons pour d’autres humains qui me faisaient vibrer, parce que je faisais des partys en pyjama avec mes ami·e·s et qu’on dormait sans pyjama… 

* On s’entend que tromper tan partenaire, ce n’est pas correct. Ce que je veux dire, c’est que je mettais tout le blâme sur moi en me culpabilisant de ne pas être suffisante, sans jamais questionner le modèle de relation dans lequel j’étais.  

Je n’étais pas brisée, j’étais seulement dans des configurations relationnelles qui m’étouffaient, sans issue pour tenter de comprendre mes besoins et mes désirs. 

Mon partenaire actuel m’a laissé l’espace pour me comprendre. Et soudainement, je respirais mieux. Je te raconte d’ailleurs comment la non-monogamie a été le meilleur outil de travail sur moi juste ici !

Du couple ouvert au polyamour (mais fuck les étiquettes un peu aussi) 

Au début de notre relation, on se définissait comme un couple ouvert, c’est-à-dire qu’on se laissait l’ouverture de développer des rapports sexuels avec d’autres personnes.

On a tranquillement tendu vers ce qu’on peut appeler le polyamour; on s’est ouverts à des relations variées avec des personnes extérieures à notre couple. On s’est aperçus que les rapports sexuels viennent souvent avec de l’affection. T’sais, les petites gratouilles avant de dormir, les longs câlins, se flatter les cheveux en écoutant un film. Ce genre d’affection more than just a little fun.

Parfois, ça vient aussi avec des sentiments. Se demander de ne pas développer de sentiments (peu importe leur nature) pour d’autres personnes allait à l’encontre de l’essence même de notre relation, qui repose sur la liberté d’honorer les belles connexions humaines qui s’offrent à nous. 

Je t’entends déjà me demander : tu n’as pas peur qu’il tombe en amour avec une autre fille que toi ? Et ma réponse est : j’espère qu’il va tomber en amour avec d’autres que moi ! Avec la vie, avec ses ami·e·s, avec l’abondance, avec lui-même. Ça peut sembler quétaine, mais je le trouve tellement beau lorsqu’il est bien et amoureux, que j’ai envie de lui laisser toutes les possibilités de l’être.

L’ancienne moi (monogame et straight, oui elle a déjà existé !) croyait que la plus belle preuve d’amour qu’un partenaire pourrait me donner, c’était de ne pas aller voir ailleurs. La moi d’aujourd’hui croit que la preuve d’amour la plus grande, c’est en fait de laisser mon partenaire aller voir ailleurs, et de constater qu’il va toujours revenir vers moi no matter what

Imagine une petite maison entourée de barrières desquelles on ne peut pas sortir. Y rester à deux peut être magnifique, mais il s’agit aussi de rester ensemble « par défaut ». Imagine maintenant cette même petite maison, sans barrière, avec l’immensité du monde à découvrir autour. N’est-ce pas magnifique d’explorer cette immensité, et de choisir consciemment de revenir vers le nid d’amour parce que c’est là que tu te sens à la maison ?  

(Tout dépend de notre perspective, je parle de mon expérience personnelle.)

Je sais maintenant que ma sécurité ne vient pas de la certitude de l’exclusivité. Elle vient plutôt de la certitude qu’on va toujours orienter nos actions vers le bien-être de l’autre, de notre couple et de nous-même. Dans une douce symbiose.

Voilà, c’était une bribe de mon histoire de flirt avec la non-monogamie. Maintenant qu’elle m’a fait de l’œil et qu’on s’aime bien, elle et moi, je ne crois pas avoir envie de retrouver la monogamie. 

(Ça fait de moi en relation monogame avec la non-monogamie ?!) 

Blague à part, je me laisse les portes ouvertes à changer de configuration relationnelle si le cœur m’en dit. Ou du moins, à revisiter les paramètres de notre couple aussi souvent que nécessaire. Après tout, tout est en constant mouvement. On ne peut pas exiger d’une relation qu’elle reste la même alors que nous sommes des êtres évolutifs. 

Bien sûr, la non-monogamie n’est pas faite pour tout le monde ! Et chaque relation est parsemée d’écueils. Mais je crois profondément que c’est beau de questionner nos relations pour s’assurer qu’elles soient le reflet de nos besoins, nos désirs et nos aspirations en tant qu’individus. Éloge à tous les couples — monogames ou non-monogames — qui savent se mettre l’âme à nu l’un·e envers l’autre.

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À propos de Gabrielle Arcaïni

Rédactrice pigiste | Pronoms : elle/la | Si je ne suis pas en train de faire du yoga ou de flatter mes chats, je parle de menstruations. Amoureuse des mots et féministe dans l’âme, j’ai toujours adoré écrire pour remettre en question les tabous sociaux. Mon baccalauréat en relations internationales et droit international m’a permis de prendre conscience que la politique est partout, entre autres dans la poésie et les articles (Catherine Dorion serait bien d’accord !). J’espère contribuer à normaliser les menstruations pour qu’enfin, on parle sans complexe et de manière inclusive de ce phénomène des plus naturels (mon rêve : le congé menstruel partout !).

Une réflexion sur “Éloge à la non-monogamie

  1. Belle-maman dit :

    Vous avez cette facilité de vivre de cette façon🙏. Bravo pour ton article et pour ta belle plume 💕

  2. Frédéric Bleau-Trudel dit :

    Merci beaucoup pour ce témoignage. Ça permet de mettre des mots sur comment je me sens dans ma relation non-monogame. Un vrai plaisir à lire.

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