On dirait dernièrement qu’on s’est réveillé dans une marée d’idéologies radicales. Personnellement, ça m’a donné l’impression de vivre dans une bulle. Ça m’a aussi donné l’opportunité de m’informer et de m’éduquer sur une réalité qui se situe techniquement loin de moi, mais qui s’infiltre de manière virulente dans notre société.
Je me suis alors rendu compte que le masculinisme, en tant que courant idéologique, s’inscrit dans un contexte beaucoup plus large que tout ce que j’ai vu dernièrement. Ce sont des réactions aux avancées féministes qui surgissent depuis les dernières décennies. L’objectif de cet article sera donc d’analyser les racines du mouvement masculiniste, ses discours, ses impacts sur la société québécoise, et d’explorer des alternatives constructives à travers la promotion d’une masculinité positive.
C’est quoi le discours masculiniste ?
Comprendre les racines du masculinisme
Sommairement, le masculinisme puise ses racines dans des sentiments de perte de privilèges perçus, exacerbés par les changements sociétaux. Il s’appuie sur une nostalgie d’un ordre social où les rôles de genre étaient strictement définis, et où les hommes occupaient une position de domination incontestée.
Les mascus, c’est des antiféministes ?
Le mouvement masculiniste émerge historiquement comme une réaction directe aux gains réalisés par les mouvements féministes. Si certaines revendications mettent en lumière des préoccupations légitimes liées aux défis rencontrés par les hommes, le discours masculiniste est souvent marqué par une posture antiféministe. Ce positionnement repose sur l’idée erronée que l’amélioration des droits des femmes se fait au détriment des hommes, créant ainsi une dynamique d’« injustice ».
« C’esT d’la FaUte AuX FéMiNistEs »
Le discours masculiniste repose sur une rhétorique de victimisation qui blâme le féminisme pour les défis rencontrés par certains hommes. Plutôt que d’analyser les causes systémiques des inégalités de genre, il véhicule des mythes et des stéréotypes qui perpétuent la misogynie. En présentant les hommes comme des victimes d’un système prétendument biaisé en faveur des femmes (dans des domaines comme la justice familiale, l’éducation et les politiques sociales), ce discours détourne l’attention des véritables dynamiques de pouvoir et empêche une compréhension nuancée des inégalités de genre. Pourtant, les luttes féministes sont des réponses à un système d’oppression patriarcal…
Réaction à la perte de privilèges
Ainsi, plutôt que de reconnaître les bénéfices d’une société plus égalitaire, le masculinisme interprète les avancées féministes comme une menace. « Les méchantes féministes prennent les postes de CEO et ne laissent pas la garde des enfants aux pères. » Ce refus d’adaptation est révélateur d’une résistance aux changements des normes de genre qui favorisent une société plus inclusive et équitable. Les masculinistes se disent : pourquoi changer une formule qui est à avantage ?
On part d’où ? C’est quand même une problématique majeure ?
L’analyse du mouvement masculiniste est essentielle pour comprendre comment il influence les perceptions de l’égalité des genres. Son discours peut freiner les progrès sociaux en entretenant des idées fausses sur le féminisme et en légitimant des attitudes sexistes. De plus, il masque les véritables défis auxquels les hommes sont confrontés, comme la santé mentale ou les attentes rigides en matière de rôles de genre.
Pourquoi c’est problématique
D’un point de vue sociologique, le discours masculiniste est un mécanisme de défense face à la redéfinition des rôles de genre. Psychologiquement, il peut être interprété comme une réaction à l’anxiété identitaire provoquée par la perte de repères traditionnels : Les hommes ne savent pas comment agir, ils sont confus, c’est pas d’même qu’on leur a appris à être des vrais gars, c’est grave. Cependant, cette réaction occulte les réels enjeux de santé mentale et de bien-être des hommes. Le discours masculiniste fragilise les avancées féministes en détournant l’attention des inégalités persistantes. Il minimise les violences faites aux femmes, banalise le sexisme et contribue à un climat social où les revendications pour l’égalité sont perçues comme superflues ou excessives.
C’est ingérable, tant sur Internet qu’à l’extérieur…
Les réseaux sociaux sont des vecteurs puissants de diffusion des idéologies masculinistes. Les algorithmes favorisent la polarisation, créant des chambres d’écho où ces discours se renforcent mutuellement, rendant leur contestation plus difficile.
Et nos ados !? Iels sont un public vulnérable face à ces idéaux, non ?
Les adolescents, en quête de repères identitaires, sont particulièrement vulnérables aux discours masculinistes. Ces idéaux peuvent façonner leur vision des relations de genre, des attentes sociales et de leur propre masculinité. L’exposition répétée, via le doom scrolling, à des discours masculinistes, peut influencer les jeunes générations en naturalisant des conceptions sexistes des rôles de genre. Cela peut freiner l’adoption de valeurs égalitaires et entretenir des dynamiques de domination dans les relations interpersonnelles. « Les gars, c’est plus fort et puissant que les filles. Pourquoi ? J’sais pas c’est comme ça. » (Yeah, right, bon argument). Il serait irréaliste de penser qu’on peut contrôler ce que nos ados consomment sur Internet. Cependant, on peut toujours s’outiller de savoirs pertinents qui nous permettent de savoir comment parler des contenus masculinistes avec son ado.

Impact sur les perceptions populaires et politiques
Au-delà des jeunes, dans l’espace public, le masculinisme influence les perceptions populaires en banalisant la remise en question des acquis féministes. Il contribue à un climat de scepticisme face aux politiques d’égalité des genres, rendant plus difficile la mise en œuvre de changements structurels nécessaires. Le discours masculiniste est souvent adopté par des figures médiatiques ou politiques cherchant à capitaliser sur des sentiments de frustration sociale. Cette visibilité contribue à la normalisation de positions antiféministes. Certains courants politiques exploitent le discours masculiniste pour séduire des électorats en quête d’identité et de sécurité face aux transformations sociales. Cette récupération médiatique renforce, malheureusement, la légitimité apparente des revendications masculinistes.

Un dialogue pour une masculinité positive, on y croit ?
La masculinité positive propose une alternative au modèle traditionnel en valorisant des traits comme l’empathie, la vulnérabilité et la coopération. Elle ne se définit pas en opposition au féminisme, contrairement au masculiniste. Mais comment aider nos hommes à vivre une masculinité positive et non toxique ? Voici quelques pistes :
Déconstruire les stéréotypes
Il est essentiel de déconstruire les stéréotypes qui enferment les hommes dans l’image de l’Homme invulnérable, dominateur et répressif. Encourager la diversité des expressions masculines permet de libérer les hommes des attentes irréalistes liées à la virilité traditionnelle.
💡Conseils pour les hommes qui changent :
- Faire rempart aux agissements masculinistes. Ne pas rester silencieux, intervenir et ne pas laisser les femmes se défendre seules !
- Se donner le droit de se tromper.
- S’autoriser à avoir peur
- S’autoriser à ne pas savoir et demander de l’aide
Encourager les hommes à reconnaître et exprimer leurs émotions sans honte
La reconnaissance des émotions est un pilier de la santé mentale. Promouvoir des espaces où les hommes peuvent s’exprimer librement contribue à réduire les taux de dépression et de suicide, tout en favorisant des relations interpersonnelles plus authentiques. It’s okay to cry, baby.
💡Conseils pour les hommes qui changent :
- Se montrer vulnérable et imparfait
- S’autoriser à pleurer
- Développer son monde intérieur, spirituel
- Assumer la responsabilité de ses actes
- Développer l’empathie
- S’autoréguler
- S’autoriser à aimer et à être aimé·e

Placer l’équité au cœur des relations interpersonnelles et sociales
L’équité entre les genres n’est pas une lutte visant à désavantager les hommes. Au contraire, elle cherche à adapter les conditions pour que chacun·e puisse s’épanouir, en tenant compte des inégalités historiques et des besoins spécifiques. Un monde plus équitable libère les hommes des injonctions à la performance, à l’autorité et au conformisme, en offrant des modèles de réussite plus diversifiés. Il n’a donc pas juste une manière d’être « un vrai homme », guys. La réduction des pressions liées à la réussite professionnelle, la valorisation de la paternité active et la possibilité d’explorer des rôles non traditionnels sont autant de bénéfices concrets d’une société fondée sur l’équité.
💡Conseils pour les hommes qui changent :
- Parler moins et intégrer les apprentissages sur ses biais, privilèges et réflexes.
- Écouter les femmes et les personnes de la diversité de genre (genre, vraiment les écouter sans remettre en cause leurs expériences ou les gaslighter.)
- Avoir un esprit d’égalité et de partenariat
- Développer le lien à l’autre et l’intimité
Démontrer les effets négatifs du patriarcat sur les hommes eux-mêmes
Le patriarcat nuit aux hommes en renforçant des normes toxiques : isolement émotionnel, violences entre pairs, et une vulnérabilité accrue aux problèmes de santé mentale. Ainsi, la réduction des pressions liées à la réussite professionnelle, la valorisation de la paternité active et la possibilité d’explorer des rôles non traditionnels sont des bénéfices tangibles d’une société égalitaire.
💡Conseils pour les hommes qui changent :
- S’éduquer soi-même ! Décharger les femmes et personnes de la diversité de genre d’« éduquer » en mobilisant temps et effort pour déconstruire le boys club.
Reconnaître et répondre aux souffrances légitimes des hommes
Adresser les souffrances légitimes des hommes ne passe pas par le rejet du féminisme, mais par des politiques inclusives en matière de santé mentale, de justice familiale équitable, et de reconnaissance des rôles variés que les hommes peuvent occuper.
💡Conseils pour les hommes qui changent :
- En parler entre hommes (#bromance) : prendre de vraies nouvelles de ses amis, apprendre à s’écouter, à s’entraider, à réfléchir ensemble, à se montrer vulnérables face aux changements et bienveillants face aux défis.
- Accompagner les plus démunis et en colère d’entre vous, afin d’évoluer et grandir ensemble !
* Les pistes sont inspirées du Petit guide pour hommes engagés dans le changement de l’organisme Des hommes qui changent.
Recommandations de produits culturels pour alimenter tes réflexions
Livres
- La crise de la masculinité : autopsie d'un mythe tenace — Francis Dupuis-Déri
- Pour l'amour des hommes : Dialogue pour une masculinité positive — Liz Plank
- Masculinités: enjeux sociaux de l'hégémonie — Raewyn Connell, Éric Fassin, Arthur Vuattoux, Meoïn Hagège
- La volonté de changer : Les hommes, la masculinité et l'amour — bell hooks, Alex Taillard
- Cocorico : Les gars, faut qu'on se parle — Mickaël Bergeron
- Le boys club — Martine Delvaux
- Être garçon — Karim Ouaffi, Mikankey
Podcast
- Contre la rhétorique masculiniste — Les couilles sur la table #32
Recommandation : En fait, il serait pertinent d’écouter tous les épisodes du podcast Les Couilles sur la table, ça parle même d’orgasme prostatique, youhouuuu !
Documentaire
- Alphas — Télé-Québec, Simon Coutu, Manuelle Légaré
Série
- Bellefleur — Crave
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Références
Bard, C. (2017). Diane Lamoureux et Francis Dupuis-Déri (dir.), Les antiféminismes. Analyse d’un discours réactionnaire, Montréal, Les éditions du remue-ménage, 2015, 179 p. Recherches féministes, 30(2), 279-282.
Des hommes qui changent. (2024). Petit guide pour hommes engagés dans le changement. Gouvernement du Québec.
Diane Lamoureux et Francis Dupuis-Déri (dir.) Les antiféminismes. Analyse d’un discours réactionnaire. Montréal, Les éditions du remue-ménage, 2015, 179 p.
Dupuis-Déri, F. (2018). La crise de la masculinité : Autopsie d’un mythe tenace (2e éd.). Montréal : Lux Éditeur.
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