« Plus de 90% des femmes souffrant du cancer expérimentent des difficultés sexuelles » (Trudel, 2020a, p.687). En lisant sur le sujet, j’ai été ébranlée par l’ampleur des effets que peut avoir le cancer sur la santé sexuelle d’une personne. De quelle manière ces conséquences surviennent-elles ? Quels sont ces impacts exactement ? Et surtout, quoi faire pour surmonter ces défis et retrouver une sexualité épanouie ?

Pourquoi le cancer a-t-il souvent un impact sur la sexualité ? 

Il peut s’attaquer directement aux organes concernés

D’abord et avant tout, le cancer s’attaque parfois directement à des organes liés à l’activité sexuelle, comme dans le cas du cancer du sein ou des cancers urologiques (ex. prostate, vessie, testicules) et gynécologiques (ex. col de l’utérus, ovaire, endomètre ; (Trudel, 2020a). Dans ces cas, certaines parties du corps qui nous procuraient auparavant du plaisir peuvent maintenant être perçues comme des « traitres », étant le lieu de la maladie. Certaines personnes peuvent aussi avoir de la difficulté à se trouver attirantes après une chirurgie (ex. mastectomie où on enlève tout le sein) et sentir qu’elles n’ont plus tout à fait la même identité et la même perception de leur sexualité suite aux interventions chirurgicales (Anuk, 2022). 

Il crée parfois de la détresse

Ensuite, la détresse psychologique engendrée par le fait de vivre avec un cancer peut être incompatible avec l’expression sexuelle. Disons, par exemple, que tu viens d’avoir un diagnostic de cancer. Tu pourrais ressentir beaucoup plus d’anxiété qu’à l’habitude face au futur, à ta fertilité, à tes finances ou à ta mort. À cause de cette anxiété, l’activation plus fréquente de ton système sympathique (te permettant de fuir ou de combattre les menaces) pourrait alors entraver ton excitation (lubrification, érection ; Anuk, 2022). N’oublions pas les effets de la dépression, de la diminution de l’estime de soi et de l’image de soi et des troubles du sommeil qui peuvent suivre le diagnostic d’un cancer et qui, à eux seuls, ont de quoi diminuer tes envies. 

Chaque personne réagit différemment

Certaines variables individuelles interagissent également avec le cancer et créent des niveaux plus ou moins grands de détresse sexuelle — comme l’âge. Les jeunes ont tendance à moins accepter la présence du cancer (Ghizzani et al., 1995) et l’âge influence les préoccupations à propos des traitements ainsi que les résultats de chirurgie (Trudel, 2020a). Dans le cas d’une chirurgie de la prostate, par exemple, l’efficacité personnelle sexuelle, soit le degré de confiance en sa propre performance sexuelle, prédirait la fréquence des contacts sexuels chez le couple (Creti et Libman, 1989). D’autres variables comme le sexe de l’individu ou la perception cognitive qu’on se fait de notre identité sexuelle sont aussi à considérer (Trudel, 2020a). 

Les traitements représentent tout un défi

Les traitements contre le cancer peuvent eux aussi avoir des effets secondaires négatifs sur la sexualité. Quand on a la nausée à tout bout de champ, qu’on est épuisé·e, qu’on a mal, qu’on ne reconnaît plus son reflet dans le miroir, c’est normal que le désir quitte le navire et que la vie sexuelle en prenne un coup — on n’a simplement plus la force d’y penser. 

Ça touche tout l’entourage

Finalement, la relation de couple est parfois transformée à la suite d’un diagnostic de cancer. Le cancer peut amener avec lui son lot de difficultés conjugales, lea partenaire prenant souvent du jour au lendemain un rôle de soignant·e et de responsable des tâches quotidiennes dans la maison et la famille. La tempête Cancer frappe lea capitaine du bateau, mais aussi toustes les mousses à bord, ne donnant pas le choix à l’entourage rapproché de s’adapter à la situation. La transition peut donc être difficile (Dweck & Krychman, 2016), mais la relation de couple peut tout de même devenir une source importante de soutien et de réconfort (Trudel, 2020a).

Précisons les effets possibles

Avant toute chose, sache que les conséquences sexuelles du cancer peuvent être différentes pour tout le monde. Toutes les phases de l’activité sexuelle peuvent être touchées (ex. désir, excitation, orgasme, etc.) et les conséquences peuvent autant être positives (ex. plus de désir parce que tu trouves tan partenaire tellement attirant·e quand iel réussit à te fait rire durant tes traitements) que négatives (ex. plus de douleur parce que tes traitements créent une sécheresse vaginale importante ; Trudel, 2020a). Cependant, les effets plus néfastes ont davantage été étudiés, avec l’intention de pouvoir documenter et éventuellement soulager la détresse vécue. 

Voici ce que nous révèlent quelques études récentes. 

  • La dyspareunie, c’est-à-dire la présence de douleurs génitales pendant les activités sexuelles, et le trouble de l’érection sont les deux dysfonctions sexuelles les plus rapportées après un diagnostic de cancer (Alananzeh et al., 2022).
  • Les effets secondaires sexuels les plus fréquents de la radiothérapie chez les personnes ayant un vagin et vivant avec un cancer sont la sécheresse vaginale, le rétrécissement vaginal et les douleurs vaginales (dont la dyspareunie ; Barcellini et al., 2022). 
  • Concernant le cancer de la prostate (le plus fréquent chez les propriétaires d’un pénis), les traitements chirurgicaux provoquent des problèmes érectiles pour 14 à 89% des individus et les traitements par radiothérapie pour 2 à 56% des individus (Samplaski & Lo, 2016).

Je pourrais continuer comme ça longtemps, te décrivant la très vaste littérature scientifique sur le sujet, mais tu dois plutôt te demander : une fois que je vis avec ces effets, qu’est-ce que je peux faire ?

🥰 Doux rappel : rien ne t’oblige à être actif·ve sexuellement ou à chercher à l’être. La sexualité peut se vivre de plusieurs façons. Entretenir ton intimité avec tan partenaire par de longs câlins peut te sembler amplement suffisant et c’est tout à fait valide. Par contre, si tu souhaites être actif·ve sexuellement, voici nos conseils. 

Trucs et astuces pour naviguer ta sexualité après un diagnostic de cancer 

Parles-en à ton équipe traitante 

Le traitement contre le cancer implique souvent une grande équipe médicale, chaque personne ayant un rôle précis à jouer pour que le bateau tienne bon face à la tempête. Il peut arriver que l’équipe n’aborde pas la sexualité de front (Société canadienne du cancer, 2018). Par contre, sache que ta sexualité est un aspect comme un autre de ta santé et qu’il est normal de demander conseil à un·e membre de ton équipe médicale à ce sujet. 

💡 Petit truc : tu peux d’abord en parler avec la personne de ton équipe qui te met le plus en confiance et avec qui tu te sens le plus à l’aise. Peu importe le rôle professionnel de cette personne, elle pourra répondre à tes questions ou te guider vers la meilleure ressource pour y répondre.

Tu te demandes peut-être quels types de questions poser à ton équipe. En fait, TOUTES tes questions sur ta sexualité sont valides et méritent une réponse éclairée. Il est possible de poser des questions avant même de débuter les traitements. 

  • Quels sont les effets possibles de ce traitement sur ma vie sexuelle ? 
  • Seront-ils permanents ou temporaires ? 
  • Pourrais-je avoir des enfants après ce traitement ? 

Cela permet alors de prévenir certaines difficultés, par exemple, en utilisant la cryoconservation du sperme ou des ovules avant les traitements pour s’assurer un plan B si l’on désire se reproduire. 

Certaines questions surgiront aussi durant les traitements ou après ceux-ci. 

  • Pourquoi j’éprouve des douleurs durant mes relations sexuelles alors que je n’en ai jamais ressenti avant ? 
  • Qu’est-ce que je peux faire pour les atténuer ? 

Il s’agira alors d’identifier les effets qui apparaissent pour toi et d’y trouver des solutions ou des alternatives.

Exemples de traitements physiologiques

Ton équipe médicale pourrait te proposer certains traitements, comme la prise de médicaments. Ou encore, elle pourrait te suggérer l’utilisation de traitements locaux comme celle d’un appareil, d’injections, de crèmes hydratantes ou de lubrifiants (Castillo et al., 2022 ; Kim & Clavijo, 2022). Ces traitements peuvent être combinés avec d’autres approches comme la physiothérapie et la thérapie sexuelle (Trudel, 2020b). 

Exemples de traitements psychologiques

On t’en parlait plus haut : plusieurs des impacts du cancer sur la sexualité découlent d’enjeux psychologiques. Si c’est ton cas, une thérapie cognitive et comportementale individuelle incluant des méthodes de pleine conscience pourrait alors t’être proposée (Trudel, 2020a). 

Il est aussi possible de choisir un·e professionnel·le à l’extérieur de l’équipe traitante du cancer pour te soutenir sur le plan sexuel. Les sexologues sauront t’aider, tout comme certain·e·s médecins, psychologues, travailleur·se·s sociaux·ales et infirmier·ère·s ayant développé des compétences plus poussées sur les questions en lien avec la sexualité. 

Peu importe la difficulté sexuelle vécue, de nombreuses études constatent que les interventions les plus efficaces sont celles qui combinent une approche pharmacologique ou physique à une approche sexo-psychologique et conjugale (Trudel, 2020a). Il se peut donc qu’on te propose une thérapie de couple mettant l’emphase sur des interventions éducatives concernant la sexualité et la communication au sein du couple puisqu’elles semblent efficaces (Castillo et al., 2022 ; Trudel, 2020a).

Communication avec tan partenaire

Faisant face à des changements importants comme ceux que peut créer le cancer, il est possible que tes envies et tes préférences sexuelles changent. La communication avec la ou les personnes avec qui tu partages ta sexualité devient alors bien utile. Elle te permet de partager ces changements en toute vulnérabilité, de brainstormer en équipe sur les ajustements possibles et ainsi de favoriser ton épanouissement sexuel (et celui de tan partenaire) à travers la tempête Cancer. 

Prenons l’exemple de la fatigue, qui est un effet secondaire fréquent des traitements contre le cancer. Tan partenaire et toi aviez l’habitude de vivre votre best life sexuelle une fois la nuit venue. Par contre, ce n’est plus réellement possible pour toi parce que ta fatigue est de plus en plus grande au cours de la journée. Il serait alors possible d’ajuster votre horaire en fonction de ton énergie. Pourquoi ne pas s’aimer au lever du soleil plutôt qu’à son coucher ? 

Un deuxième exemple d’ajustement possible ? Les douleurs sont une plainte récurrente suite aux traitements. Tu pourrais alors discuter avec tan partenaire des positions et des activités minimisant tes douleurs et ton inconfort, quitte à proposer d’essayer de toutes nouvelles pratiques (comme la masturbation mutuelle peut-être ?) qui te paraissent plaisantes et sans douleur.

Ça te parle ?

Chaque cancer est unique — il m’est impossible d’en détailler toutes les nuances en un seul article. Le plus important, c’est donc que tu retiennes que plusieurs personnes vivent des difficultés sexuelles en lien avec le cancer et que tu n’es pas seul·e. En parlant avec ton équipe médicale, en consultant d’autres professionnel·le·s et en discutant avec tan partenaire, plusieurs solutions sont envisageables pour renouveler ton intimité et ta vie sexuelle de manière épanouissante pour toi. 

Si tu as envie d’aller plus loin sur le sujet, je te laisse aussi d’autres ressources disponibles gratuitement. 

Ressources utiles

En français 

  • La Société canadienne du cancer met une brochure à la disposition des personnes atteintes de cancer et de leurs partenaires. On y partage des informations sur les impacts que la maladie et son traitement peuvent avoir sur la sexualité.
  • Action Cancer Ontario a également un guide sur l’intimité et la sexualité s’adressant aux personnes atteintes de cancer et à leurs partenaires.

En anglais

La Société américaine du cancer propose de nombreuses pages informatives sur les effets secondaires sexuels du cancer et certains trucs pour y remédier.

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À propos de Daphné Blain

Rédactrice pigiste | Pronoms : elle/la | « Ils vécurent enfants et firent beaucoup d’heureux. » En d’autres mots, tu peux me croiser sur une piste de danse, dans un parc (direct couchée dans le gazon ou dans les jeux d’eau) ou en voyage quelque part dans le monde ! Doctorante en psychologie, j’espère vulgariser et rendre intéressants des sujets parfois complexes en lien avec la santé mentale et la sexualité positive. Bref, future psy et féministe, j’aime regarder la vie à travers des lunettes rose bonbon ! 

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