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Ça fait 14 fois que tu regardes Girls ? Tu es en carence de films qui passent le test de Bechdel ? Tu as envie de faire découvrir du bon cinéma accessible à tan partenaire qui fétichise (à ton grand désarroi) le cinéma de Martin Scorsese ? Tu es pu capable du male gaze et des films écrits, réalisés, produits, joués (etc.) exclusivement par des hommes cishétéros ? Ça te tente pas de trop te casser la tête ? Pas de panique. J’ai sélectionné pour toi 4 films et 3 séries faciles d’écoute et datant des 15 dernières années parmi ma Watched List, qui témoignent du désir, de la sexualité et de l’identité de genre, et qui mettent en vedette des femmes et des personnes queers. À partager à tes proches en quête de contenu féministe, inclusif et accessible ou encore à ton oncle qui ne jure que par les films de Marvel.

Tangerine, 2015

Scénario : Sean Baker et Chris Bergoch

Réalisation : Sean Baker

Pays : États-Unis

Langue originale : anglais

Genre : comédie dramatique

Amitié, sexe, drogue et solidarité féminine se retrouvent au cœur de cette comédie dramatique aux couleurs judicieusement saturées ainsi qu’aux personnages multidimensionnels et nuancés (interprétés en majorité par des acteur·ice·s non-professionnel·le·s, déniché·e·s par Sean Baker dans les rues de L.A., sur Instagram et sur Vine). Le·a spectateur·ice est témoin d’un Noël dans la vie d’Alexandra (Mya Taylor) et de Sin-Dee Rella (Kitana Kiki Rodriguez), deux travailleuses du sexe de l’est d’Hollywood qui partent activement à la recherche de Chester (James Ransome), le copain de Sin-Dee, alors que celle-ci sort tout juste de prison. 

Tangerine constitue un véritable hommage à cette communauté habituellement invisibilisée, existant dans la marge, et à qui le cinéma hollywoodien confère trop rarement une voix. C’est un regard intime et empathique que pose Baker sur ses protagonistes qu’il choisit vibrantes et poignantes au sein de cette sincère expérience cinématographique.

Mentions honorables :

  • Le casting de deux femmes trans BIPOC.
  • Dû à un minuscule budget, le film au complet a été tourné avec trois iPhone 5S.

I May Destroy You, 2020

Création : Michaela Coel

Pays : Angleterre, États-Unis

Langue originale : anglais, italien, twi 

Genre : comédie dramatique, drame psychologique

Nombre d’épisodes : 12 (une saison)

T.W. : scènes de viol

Prior to being raped, I never took much notice of being a woman. I was busy being black and poor… The bible says you cannot serve two masters. Am I too late to serve this tribe called women?” — Arabella (Épisode 7)

S’il fallait dépeindre I May Destroy You très sommairement, il serait juste de dire que c’est une série qui traite de la culture du viol, du consentement et de l’intersection des oppressions. L’affaire, c’est que c’est tellement plus que ça ! 

En 12 épisodes d’une trentaine de minutes, Michaela Coel aborde avec finesse les thématiques modernes que représentent le tokenism, le militantisme (et ses limites), le stealthing, la transphobie, le virtue signaling, l’aliénation occasionnée par les réseaux sociaux, la sexualité en tant que spectre, l’archétype de la parfaite victime, les effets d’un trauma à long terme sur l’identité, le victim blaming, le féminisme blanc et la positionnalité (pour ne nommer que cela). Bref, I May Destroy You représente le pire cauchemar de Sophie Durocher. Un cauchemar pertinent, fluide et percutant. 

Michaela Coel n’a pas peur de nous rendre inconfortables. Michaela Coel n’a pas peur de nous faire réfléchir à nos comportements toxiques et à nos biais internalisés. Michaela Coel est là pour changer le monde. Le Messie est arrivé, et il se nomme Michaela Coel.

gif d'une femme noire déguiser en démon

Je recommande chaudement I May Destroy You à

1) tous·te·s les survivant·e·s de violence(s) sexuelle(s)

2) toutes les personnes n’ayant pas les moyens de se payer une thérapie et

3) vraiment tous·te·s les autres, aussi, dans le fond.

Hedwig and the Angry Inch, 2001*

Film inspiré de la comédie musicale de : Stephen Trask et John Cameron Mitchell

Réalisation : John Cameron Mitchell 

Pays : États-Unis

Langues originales : anglais, allemand

Genre : comédie musicale

*Okay, j’ai triché. Hedwig a pas mal plus de 15 ans. Je ne pouvais simplement pas me résoudre à l’idée de ne pas lui accorder une place de choix sur cette liste. I tried.

Pour reprendre les mots de Jenna Scherer : “Most modern movie musicals have a canned quality — a slick, artificial sheen that sucks all the air out of the stage shows they adapt. And then there is John Cameron Mitchell’s adaptation of his cult off-Broadway musical which traces the ups and downs in the life of a genderqueer East Berliner who, following a botched sex change operation, moves to America and becomes a glam-rock diva.

Véritable œuvre culte, Hedwig and the Angry Inch représente indubitablement une ode à toutes les personnes se situant à la frontière des identités, ces personnes sur lesquelles on a craché et qui se sont tout de même relevées, décidées à retrouver l’amour d’elleux-même dans un monde qui leur a tout arraché. À la fois flamboyant, drôle et tragique, Hedwig and the Angry Inch nous ramène à l’origine de tout ce qui existe, avec pour objectif clair de tout détruire pour mieux reconstruire. John Cameron Mitchell fait preuve d’un génie et d’une sensibilité incontestables dans le rôle d’Hedwig, ce personnage qui marquera immanquablement l’univers des comédies musicales punk rock à tout jamais.

Please Like Me, 2013 à 2016

Création : Josh Thomas

Pays : Australie

Langue originale : anglais

Genre : comédie dramatique, traumedy

Nombre d’épisodes : 32 (quatre saisons)

Please Like Me nous propose une fenêtre sur le quotidien de Josh (Josh Thomas), jeune australien en colocation avec son meilleur ami Tom (Thomas Ward), à un moment décisif de sa vie : il s’admet son homosexualité et entame son coming out. Simultanément, sa mère, Rose (Debra Lawrance), aux prises d’une dépression majeure, tente de s’enlever la vie. 

Please Like Me traite avec humanité et réalisme de ce que représente le fait de devenir le parent de son parent, tout en strugglant avec la découverte de sa sexualité et la recherche de son identité. Regarde, je sais, sur papier, ça sonne kind of cliché et déprimant. Mais, fais-moi confiance, ce n’est pas le cas ! Pour reprendre les mots d’Emily Nussbaum pour le New Yorker, on pourrait qualifier Please Like Me de “rude and gentle, often simultaneously”. 

Josh Thomas fait manifestement preuve d’une grande rigueur, à la fois humoristique et dramatique, au moment de traiter de sujets tels que la bipolarité, l’homophobie, le suicide et les troubles de santé mentale, nous offrant ainsi un univers dramatique parfois tragique, certes, mais religieusement ponctué de moments LOL. 

Please Like Me évite finalement l’espèce de mélodrame chronique qui peut avoir tendance à coller aux séquences de coming out dans la culture populaire (sans pour autant délégitimer l’importance d’un tel évènement dans la vie de quelqu’un·e). Bref, l’émission a le potentiel de déclencher des conversations importantes sans pour autant que ça feel lourd ou forcé. 

The Diary of a Teenage Girl, 2015

Inspiré du roman autobiographique illustré de : Phoebe Gloeckner

Réalisation : Marielle Heller

Pays : États-Unis

Langue originale : anglais

Genre : comédie dramatique avec animations, coming of age movie

I want to get laid right now. Does everyone think about fucking as much as I do?” — Minnie

Minnie Goetz (Bel Powley), 15 ans, illustratrice à temps perdu et fan notoire d’Aline Kominsky, tout sourire, s’exclame : “I had sex today – holy shit !”, alors qu’elle gambade à grandes enjambées dans un parc ensoleillé de San Francisco, vêtue de pantalons à pattes d’éléphant bleu pâle. Ainsi débute The Diary of a Teenage Girl, authentique coming of age movie aux frontières de Ghost World (2001), Juno (2007) et Thirteen (2003), dont l’histoire prend part en 1976, alors que Minnie vient tout juste de vivre son premier rapport sexuel. C’est avec Monroe (Alexander Skarsgård), le nettement-plus-âgé-copain de sa mère, Charlotte (Kristen Wiig), que Minnie décide de perdre sa virginité et d’entamer une relation secrète. 

The Diary of a Teenage Girl est une œuvre mélancolique, confrontante et manifeste sur la découverte de soi dans un monde où la sexualité des jeunes filles est simultanément réprimandée et exploitée. À aucun moment Marielle Heller ne tire profit de la sexualité de Minnie : “she’s no golden-girl nymphet – nor does it make her a stereotypical lovable nerd”, écrit Jonathan Romney pour The Guardian. The Diary of a Teenage Girl, nous offre plutôt un regard sensible et dépourvu de jugement sur l’émancipation sexuelle d’une jeune fille en quête d’expériences et d’amour propre.

Mentions honorables 

  • La direction photo de Brandon Trost et le design signé Jonah Markowitz : l’atmosphère nostalgique jaune moutarde et orange brûlé des années 70 est bel et bien présente, sans être surexploitée. Bien joué!
  • Les animations qui prennent vie tout au long du film, gracieuseté de Sara Gunnarsdóttir. Tu peux d’ailleurs visionner son nouveau film intitulé My Year of Dicks *en nomination pour l’Oscar du meilleur court métrage (animation) juste ici. Je te le recommande de tout coeur!

Una mujer fantástica, 2017

Scénario : Sebastián Lelio et Gonzalo Maza

Réalisation : Sebastián Lelio

Pays : Chili

Langue originale : espagnol

Genre : drame

Autres titres : A Fantastic Woman, Une femme fantastique

Marina Vidal (Daniela Vega) est une serveuse de jour et une chanteuse de soir à Santiago (Chili). Lorsque son partenaire, Orlando (Francisco Reyes), meurt subitement d’un anévrisme, Marina est confrontée à la transphobie généralisée et aux agressions constantes de la part de la famille d’Orlando et de la police, qui ne cessent de chercher à l’humilier et à la déshumaniser. 

Una mujer fantástica est l’histoire d’une survivante qui tente contre vents et marées de faire son deuil tout en luttant pour le simple droit d’exister. Dans une performance des plus remarquables, Daniela Vega nous révèle le puissant portrait empreint de grâce et de dignité d’une femme résiliente qui ne se laissera pas imposer le silence face à autant d’intolérance et d’hostilité. Pour reprendre les mots de Daniel Fear pour Rolling Stone : “Lelio and Vega’s insistence on giving this character a sense of pride while still honoring her struggle turns this tragedy into a tale of triumph.” Marina Vidal est, sans l’ombre d’un doute, une femme fantastique.

Mentions honorables :

  • La trame sonore signée Matthew Herbert. Un bijou !
  • En décrochant l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère, Una mujer fantástica fait bouger les choses au Chili : un projet de loi suspendu depuis des années permettant aux personnes trans la modification de leur prénom et de leur genre sur leurs documents officiels est revu, puis adopté. Voici un bon exemple du poids que peut avoir la représentation au cinéma.

Conversation with Friends, 2022

Série inspirée du livre de : Sally Rooney

Réalisation : Lenny Abrahamson et Leanne Welham

Pays : Irlande

Langue originale : anglais

Genre : drame

Nombre d’épisodes : 12 (une saison)

Suite à l’indiscutable succès en 2020 de l’adaptation du second roman de Sally Rooney, Normal People, nous avons cette fois droit à la réalisation (par la même équipe) de son premier livre, Conversations with Friends. On y suit les personnages de Frances (Alison Oliver) et de Bobbi (Sasha Lane), deux étudiantes et meilleures amies partageant un historique amoureux. Inséparables, elles fréquentent la même université et réalisent le soir des performances de poésie féministe dans les bars de Dublin. Frances et Bobbi y font la connaissance Melissa (Jemima Kirke), une charismatique autrice dans la trentaine, puis de son mari, Nick (Joe Alwyn), un acteur plutôt introverti. Un lien spécial se crée rapidement entre Frances et Nick, qui se mettent à se fréquenter secrètement. 

Conversations with Friends dépeint à merveille la complexité et les subtilités des relations monogames à long terme, l’impact de nos insécurités sur la façon dont nous traitons les autres et, à l’image des personnages de Rooney, l’effet que peut avoir un manque de communication au sein de relations teintées de non-dits. Premiers amours, découverte de la bisexualité, santé mentale et dynamiques de dépendances sont au rendez-vous.

Mention honorable :

  • Jemima Kirke. Sculptez-la dans le marbre, quelqu’un·e.

N.B. : je n’ai pas lu (encore) le livre de Sally Rooney ayant inspiré la série. Le consensus général en ligne semble assez clair : la série ne rendrait pas totalement justice au roman. Cela dit, j’ai tout de même personnellement dévoré la série, mais mon opinion demeure celle de quelqu’un qui ne peut se prononcer sur l’adaptation de l’œuvre originale en tant que telle. 

Voici d’autres œuvres dignes de mention qui ne figurent pas sur cette liste par souci de concision :

  • Pariah, 2011
  • Tomboy, 2011 *(Tout ce que touche Céline Sciamma se transforme manifestement en or queer. Remercions.)
  • Laurence Anyways, 2012
  • Girls, 2012 (série)
  • Margarita, With A Straw, 2014
  • A Girl Walks Home Alone at Night, 2014 
  • Carol, 2015
  • Crashing, 2016 (série)
  • Fleabag, 2016 (série)
  • Call Me by Your Name, 2017
  • The End of the F***ing World, 2017 (série) 
  • Portrait d’une jeune fille en feu, 2019
  • Shrill, 2019 
  • Normal People, 2020 (série)
  • Promising Young Woman, 2020 
  • Dating Amber, 2020
  • The Sex Lives of College Girls, 2021 (série)
  • Sharp Stick, 2022

… Et tellement d’autres !

Voici quelques palmarès si tu as envie de poursuivre ton visionnement : 

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À propos de Margot Chénier

Rédactrice et spécialiste des réseaux sociaux | Pronoms : elle/la | Diplômée en Études Féministes, je poursuis présentement mon parcours universitaire en Film Studies. Je suis une grande fan de tout ce qui vibre, qui brille ou qui pétille. J’ai Bye bye mon cowboy de pognée dans la tête 24/7. Je prends plaisir à mettre feu aux normes sociales pernicieuses et désuètes. On me qualifie parfois de «radicale», mais je ne vois pas ce qu’il y a de radical à vouloir anéantir la réputation de Woody Allen et la culture du viol. J’ai horreur qu’on utilise le terme vagin pour parler de vulve. Je passe le plus clair de mon temps à faire des rants contre la culture des diètes et le film Never been kissed. If you need me, I’ll be eating 5lbs of asparagus in the corner.

Une réflexion sur “7 films et séries accessibles explorant la sexualité et l’identité

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